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AVRIL 2012 - MOBILISER LES COLLABORATEURS SUR LA TRANSFORMATION DE L'ENTREPRISE
De nombreux dirigeants affichent leur volonté de transformer en profondeur leur entreprise. Pourtant, année après année, la réalité de ces organisations n’évolue qu’à la marge. Les conséquences économiques peuvent être graves, comme l’illustre la crise sociale très médiatisée que connaît actuellement Unilever avec Fralib Lipton.
D’un côté un impératif de transformation profonde, dicté par les objectifs économiques de l’entreprise et son environnement. De l’autre des résistances structurelles au changement chez les collaborateurs qui conduiraient à l’immobilisme. Sauf à vouloir « dissoudre le peuple », l’équation semble insoluble.
Faut-il s’étonner qu’il ne suffise pas que la tête de l’entreprise décide pour que la réalité se transforme ? Nous savons tous par expérience que le changement ne se décrète pas.
Et pourtant nous restons marqués par notre culture taylorienne, avec sa dichotomie entre décideurs et exécutants. C’est cet héritage qui conduit trop souvent l’entreprise à adopter une approche descendante du changement, avec une logique de « push ». Un groupe limité décide des moindres détails du projet, le reste de l’organisation doit s’aligner et mettre en œuvre.
Ceci alors que notre conception de l’autorité renforce encore cette approche directive : dans une enquête réalisée il y a quelques années, 96% des dirigeants d’entreprise anglais se déclaraient prêts à voir leurs décisions challengées par leurs collaborateurs, 52% des dirigeants allemands, pour seulement 29% des dirigeants français.
Alors soyons directs : pour un dirigeant d’entreprise, l’enjeu est-il d’avoir raison ou bien d’avancer ?
Poser cette question met en évidence la nécessité pour l’entreprise de procéder autrement pour faire entrer dans la réalité les transformations dont elle a besoin.
Ce n’est pas en dissertant sur le changement (avec les fameux experts de « la conduite-du-changement » ou de « l’accompagnement-du-changement ») que celui-ci sera plus facile. Au contraire : les mots et les concepts s’usent lorsqu’ils sont utilisés à mauvais escient. Ce n’est pas non plus en répétant que le changement est partout. C’est en agissant : le changement n’est pas un thème, c’est une approche.
Tout projet lancé par l’entreprise doit être mené en ayant deux objectifs : la qualité des livrables, bien sûr. Mais aussi l’appropriation de ces livrables par ceux qui auront à faire vivre et à porter ces changements.
C’est pourquoi en matière de transformations complexes, la distinction doit être nette entre :
- D’une part le cadre de jeu, qui relève d’une décision de Direction, et qui renvoie aux objectifs majeurs. Ce cadre s’impose à tous, il est quelque sorte non négociable. Il doit être explicité et communiqué dès l’amont pour donner du sens. Il s’agit de partager les « pourquoi » du changement avec des collaborateurs traités comme des adultes responsables.
- D’autre part ce qui, à l’intérieur de ce cadre de jeu, doit être construit avec ceux qui auront à faire vivre ces transformations, dans une logique de coopération et d’engagement. C’est en leur laissant le soin de définir les modalités des transformations que celles-ci seront pertinentes (enjeu de contenu) et qu’ils en seront porteurs dans la mise en œuvre (enjeu d’appropriation).
Etablir cette distinction permet d’éviter l’ambigüité des approches traditionnelles en matière de conduite du changement, dans lesquelles le curseur vers du « plus ou moins participatif » fait l’objet de négociations récurrentes entre les acteurs concernés.
L’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, premier employeur d’Ile-de-France, met en place en ce début d’année un système d’information unique sur l’ensemble de ses 37 établissements. Ce sont les cadres de proximité qui, sur la base de l’écoute de leurs agents et avec un accompagnement méthodologique, vont redéfinir les modes de fonctionnement, le contenu du travail et les interactions entre métiers. Cet exemple illustre le fait qu’un projet complexe dans une organisation complexe n’appelle pas automatiquement une réponse complexe, bien au contraire.
Pour aller plus loin dans la transformation, l’étape suivante consiste à faire de tous les collaborateurs des agents de l’innovation, à l’origine même des changements portés ensuite par l’entreprise. Certaines entreprises en sont déjà à ce stade.
MARS 2012 - ENGAGEMENT DES SALARIES : REPRENDRE L'INITIATIVE
Une chute significative de l’adhésion des collaborateurs et de leur fierté de travailler pour leur entreprise : c’est ce que de nombreux DRH constatent aujourd’hui. Cette observation est confirmée par toutes les enquêtes réalisées sur le sujet auprès des salariés. Pour autant, il n’y a pas explosion de l’absentéisme, les turnovers restent faibles, la productivité se maintient. Comment expliquer ce paradoxe apparent ?
Nous assistons à un phénomène classique en situation de crise. L’aspiration profonde des collaborateurs est bien sûr de s’épanouir dans leur activité professionnelle. Mais le quotidien vécu par beaucoup dans leur travail, renforcé par le contexte de crise, provoque une dégradation de l’adhésion, voire une rupture de la confiance avec leur entreprise.
« L’engagement apparent » qui subsiste n’est qu’un investissement de substitution lié à la crainte du futur, notamment sur son emploi, et à une forme de résignation : les salariés font le gros dos, en attendant des jours meilleurs. Le principe de précaution appliqué à la sauvegarde de son emploi, en quelque sorte. Cette dégradation de la relation de confiance ne se traduit pas encore en actes, si ce n’est par un désinvestissement peu visible : « Je n’y crois plus, mais je fais comme si. » En matière de désengagement, on est aujourd’hui sur du souterrain, du sous-jacent.
Faut-il pour autant être rassuré ? Cette situation ne semble pas poser problème sur le court terme, si ce n’est qu’elle génère des relations plus complexes, moins ouvertes, avec une confiance limitée. Mais qu’en sera-t-il du moyen terme, notamment lorsque la situation économique s’améliorera ? Les risques sont connus : des salariés qui se désinvestissent, voire qui passent à la caisse : à défaut de s’engager pour, ils se mobilisent contre.
Les situations sont bien sûr très diverses selon les entreprises. Pour un DRH, c’est d’ailleurs la première question à se poser : chez nous, où en sommes-nous aujourd’hui ? Y répondre suppose d’approfondir le diagnostic : l’ancien « audit de climat social » adapté aux enjeux actuels. Sachant que les informations quantitatives données par les enquêtes internes, lorsqu’elles existent, sont utiles mais souvent insuffisantes. L’entreprise peut les compléter en mettant en place une approche qualitative, appliquée à un panel représentatif des salariés : il s’agira alors d’écouter ce que ceux-ci expriment, puis d’analyser les mécanismes en jeu, afin que l’entreprise puisse s’appuyer sur un état des lieux complet.
Cette photographie détaillée et analytique permet à l’entreprise de gagner en lucidité. Pour les DRH, qui la plupart du temps sentent ce qui se joue, elle est un moyen de faire prendre conscience de la situation réelle aux autres dirigeants. L’entreprise identifie ainsi les irritants qui peuvent être traités. Elle comprend mieux les leviers d’engagement qui pourraient être actionnés.
C’est sur cette base que l’entreprise construira dans un premier temps des réponses immédiates : réintroduire des éléments de sens dans le quotidien des salariés, prendre les premières initiatives concrètes, travailler sur et avec le management.
Elle pourra aussi avancer sur des réponses de fond, qui impacteront le moyen terme en combinant les deux formes d’engagement :
• L’engagement basé sur le Sens, qui renvoie à la relation d’ordre essentiellement affectif et moral qui peut être nouée entre le collaborateur et son entreprise. Il est associé au sentiment d’appartenance. Les entreprises développent en quelque sorte un « patriotisme d’entreprise », qui fédère les collaborateurs et génère de l’engagement.
• L’engagement calculé, qui renvoie au vécu quotidien du collaborateur. L’engagement est alors généré par les bénéfices escomptés par le salarié dans son activité. Cet engagement pourrait être décrit comme calculé par le collaborateur, presque instrumental, dans une logique de « donnant-donnant ».
Les entreprises qui reprennent aujourd’hui l’initiative sur l’engagement disposeront d’un atout sur le plan économique. La Harvard Business Review l’affiche d’ailleurs à la Une de son numéro de janvier-février 2012 : “How employee well-being drives profits.”
Les 8 leviers de l’engagement sur le Sens
• La mission de l’entreprise, sa raison d’être
• Sa culture et ses valeurs
• Ses relations avec son environnement
• La confiance dans la stratégie, les dirigeants
• Ses résultats et son développement
• Son image externe
• La fierté du métier
• La fierté du produit ou du service
Les 8 leviers de l’engagement calculé
• La relation avec son manager de proximité
• Le développement de ses compétences
• Ses conditions de travail
• Le contenu de son poste
• L’autonomie, les marges de décision
• L’ambiance de travail
• Les opportunités d’évolution
• Sa rétribution
FEVRIER 2012 - AMELIORER RADICALEMENT LA QUALITE DES PRATIQUES DE MANAGEMENT
Selon le dernier baromètre de Liaisons Sociales, la qualité du management de proximité apparaît à près de 80% des DG comme devant constituer la priorité numéro 1 des DRH. Priorité naturelle, puisque le manager est de fait la principale interface entre l’entreprise et chacun de ses salariés.
Toutes les études confirment qu’il est le vecteur de l’engagement de ses collaborateurs. Ce constat est encore plus vrai dans le contexte économique actuel : l’entreprise peut plus difficilement développer l’engagement sur des éléments de Sens et c’est le concret du quotidien, tel qu’animé par le manager, qui prime pour maintenir et renforcer cet engagement. Le lien entre qualité du management et performance du collaborateur à travers son niveau d’engagement n’a jamais été aussi fort.
Bien sûr, rares sont les entreprises qui restent inertes et qui ne se saisissent pas de l’enjeu. Mais les réponses traditionnelles (mettre en place un module ou un parcours de formation management sur des compétences génériques) se soldent la plupart du temps par un échec. A contrario, des entreprises aussi différentes qu’Orangina-Schweppes, Décathlon, Roquette Frères ou PagesJaunes ont réussi à transformer radicalement la qualité de leurs pratiques de management. Parce qu’elles se sont inscrites dans une démarche pensée et structurée d’une part, adaptée à leurs réalités d’autre part.
Adaptée parce que les pratiques de management à développer sont différentes selon les entreprises. Ainsi, lorsque vous vous appelez Orangina-Schweppes et que votre facteur de différenciation sur vos marchés est la vitesse, vous vous devez développer l’autonomie de vos salariés et donc de construire les pratiques de management correspondant : animer sur le résultat, valoriser l’initiative, renforcer les marges de manœuvre. A contrario, dans une entreprise comme Décathlon, qui a bâti son identité employeur sur le développement de l’expertise de juniors par leurs managers, ceux-ci doivent animer sur le « comment » et être aux côtés de leurs collaborateurs au quotidien. Ce qui est attendu du manager Orangina-Schweppes est aux antipodes des pratiques que le manager Décathlon doit porter, du fait des positionnements stratégiques respectifs de ces deux entreprises.
La première étape de cette démarche consiste à répondre à une question : de quelles pratiques de management avons-nous besoin pour mettre en œuvre notre projet stratégique, en cohérence avec la culture que nous voulons développer ? La culture et la stratégie de l’entreprise sont alors déclinées en un cadre managérial. C’est à partir de la matière recueillie auprès des dirigeants de l’entreprise qu’il est possible de traduire ces déterminants en responsabilités confiées à ses managers et en comportements attendus d’eux.
Reste ensuite à faire de cette cible managériale un outil opérationnel et concret. La seconde étape permet d’illustrer ce cadre managérial avec des situations de management observables dans l’entreprise. Associer les managers en leur faisant produire eux-mêmes ces situations à partir de bonnes pratiques qu’ils ont vécues permet de coller à leur réalité et de développer l’appropriation du résultat produit. Ainsi, l’entreprise aura produit un descriptif concret des compétences managériales à mettre en œuvre au quotidien pour que vive la stratégie, en cohérence avec la culture recherchée.
Ce référentiel permettra tout d’abord aux managers de disposer de repères concrets sur ce que l’entreprise attend d’eux, repères qui ont du sens par rapport au projet stratégique de l’entreprise. Chacun pourra se positionner par rapport à cette cible, via une auto-évaluation, une appréciation par le manager ou un 360°.
La DRH pourra retravailler les critères de recrutement externe et interne de ses futurs managers. Elle disposera de la base pour mettre en place les actions de développement qui permettront à chaque manager de progresser : formation certes, mais aussi mises en situation, accompagnements individualisés par le manager ou par un autre acteur…. Elle pourra reconstruire sa politique de détection des talents et plus largement de gestion des parcours. Au global, elle introduira de la cohérence entre les différentes politiques RH appliquées à ses managers.
Dans cette entreprise du secteur des assurances qui a mené cette démarche avec Identité RH en 2007, le taux d’appréciations positives des collaborateurs sur le management est passé dans l’enquête d’opinion interne de 43 à 71% entre 2006 et 2009. Est-ce une coïncidence, cette entreprise affiche malgré la crise un engagement record et une croissance à deux chiffres.
JANVIER 2012 - FAIRE DE LA DIVERSITE UNE SOURCE DE PERFORMANCE POUR L'ENTREPRISE
Le débat du mois prend pour ce mois de janvier 2012 une forme atypique : il s’agit d’une note de réflexion rédigée par identité RH à la demande de l’Institut Montaigne, sur la base de l’expertise que nous avons développée en matière d’accompagnement des entreprises sur la diversité.
Le thème de la diversité s’est imposé depuis plusieurs décennies dans les entreprises des pays anglo-saxons, du fait de modèles nationaux qui intègrent la reconnaissance institutionnalisée de groupes minoritaires et la mise en place de mécanismes d’affirmative action.
En France, les entreprises ont été précédées par les pouvoirs publics qui, notamment à travers la politique de la ville, ont abordé ce terrain de la diversité dès les années 80. Cette notion existait en germe dans l’entreprise à travers certaines politiques RH, notamment autour de l’égalité hommes-femmes ou du handicap. Mais son émergence en tant que concept global date du début des années 2000, notamment du fait des prises de position de dirigeants d’entreprise médiatisés.
Aujourd’hui, où en sommes-nous ? L’analyse de la situation montre une grande disparité selon les entreprises, non seulement dans la prise en compte effective du thème, mais aussi dans les motivations et bien sûr les modalités d’action qui en découlent. Ces motivations, les raisons pour lesquelles une entreprise adresse et traite ce thème de la diversité, apparaissent comme déterminantes pour l’efficacité dans la durée des politiques mises en œuvre.
QUELLE DEFINITION DE LA DIVERSITE ?
L’usage de la notion de diversité est désormais largement répandu et fait consensus. C’est bien sûr le cas dans le débat public, mais elle est aussi fréquemment utilisée dans l’entreprise. Ce concept est donc aujourd’hui incontournable.
Pour autant, il ne fait l’objet d’aucune définition satisfaisante. La diversité reste en France une notion floue, peu conceptualisée, fuyante eu égard aux catégorisations de la population qu’elle est susceptible de couvrir. Elle n’apparaît en tant que telle ni dans la constitution, ni dans aucune loi.
La première cause de cette imprécision réside dans le caractère polysémique de ce concept : les critères de la diversité sont multiples. Au point que certaines entreprises préfèrent parler des diversités. Y aurait-il plusieurs diversités ? Au vu du bon sens et de l’approche souvent segmentée des entreprises, la réponse à cette question semble positive. Pourtant la discrimination d’une part, le management des différences d’autre part renvoient à des mécanismes et des traitements de même nature, quel que soit le critère de différenciation retenu.
Cette absence de définition incontestable est également liée à l’articulation et parfois à la confusion du concept de diversité avec d’autres notions : lutte contre les discriminations, égalité des chances, respect des différences, voire responsabilité sociale de l’entreprise.
Aussi imprécise et peu normative soit-elle, nous avons vu que cette notion était incontournable. De plus, il est difficile, notamment pour l’entreprise, de travailler en profondeur ce qu’elle ne saurait pas définir. Pour qu’elle soit utilisable, il est donc nécessaire d’aller plus loin dans ces efforts de définition.
Initialement, la diversité a été définir à partir de son contraire, la discrimination
Le concept est apparu à partir d’un constat, l’existence de discriminations, et d’une volonté, celle de les combattre. L’objectif de lutte contre les discriminations a constitué le point d’entrée des entreprises sur le sujet de la diversité. Il reste aujourd’hui encore très présent.
Pour le grand public, les médias ou les acteurs politiques, la notion de diversité fait essentiellement référence à l’origine, et très souvent d’abord aux Français d’origine étrangère, voire d’origine extra-européenne, ou supposés tels. L’expression « être issu de la diversité » ne renvoie souvent qu’à ce seul critère.
Pour les entreprises, l’approche est souvent plus large, et fait dans la plupart des cas référence à quatre dimensions travaillées en priorité : l’origine, le genre, l’âge et le handicap. Notons que ces critères sont aussi, en volume, les principaux motifs de plainte pour discrimination.
L'article 225-1 du Code pénal définit quant à lui une liste de dix-huit critères qui entrent dans la constitution d'une discrimination : « Constitue une discrimination toute distinction opérée entre les personnes physiques à raison de leur origine, de leur sexe, de leur situation de famille, de leur grossesse, de leur apparence physique, de leur patronyme, de leur état de santé, de leur handicap, de leurs caractéristiques génétiques, de leurs mœurs, de leur orientation sexuelle, de leur âge, de leurs opinions politiques, de leurs activités syndicales, de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée. »
Approcher la diversité sous l’angle de la lutte contre les discriminations suppose une politique active de neutralisation des différences, dans laquelle se sont engagés le législateur et nombre d’entreprises.
Mais se cantonner à cette approche présente deux limites. D’une part le contenu de ces discriminations et la prise de conscience de leur existence sont évolutifs : de nouveaux critères émergent, comme par exemple dans la période récente celui du lieu de résidence. D’autre part, ne définir une notion que par son non-respect ne permet pas de la cerner complètement et la rend de ce fait pour partie inopérante.
La diversité peut être assimilée à la promotion de l'égalité des chances
En France, le principe d’égalité renvoie au fondement même de l’ordre juridique et du contrat social. La notion d’égalité des chances bénéficie par conséquent d’une forte reconnaissance dans notre tradition culturelle et juridique.
L’accord national interprofessionnel sur la diversité dans l’entreprise du 12 octobre 2006 prolonge cette logique en édictant le principe général suivant : « La réalité de la diversité doit conduire les entreprises à offrir à tous, à compétences et capacités égales, les mêmes possibilités dans l’emploi et dans son accès. »
Plus large que si elle portait sur la seule égalité des droits, une politique centrée sur l'égalité des chances favorise les populations qui pourraient faire l’objet de discriminations pour leur garantir une équité de traitement. Elle veille à ce les écarts liés au milieu d'origine soient neutralisés. Il s’agit alors de renforcer ce que les anglo-saxons nomment le plus souvent l’égalité des opportunités. Les inégalités de départ sont prises en considération pour mettre en place ce qui permettra de les dépasser.
Dans ce cas, les différences ne sont pas niées, mais au contraire organisées. Dans l’entreprise, le salarié est de fait géré pour partie en fonction d’une de ses caractéristiques, parfois sans prendre en compte les autres éléments qui constituent son identité dans toute sa complexité.
Ces pratiques, qui ont conduit dans certaines entreprises à la création de clubs de femmes, de gays, etc., ont été critiquées comme portant en elles les limites du communautarisme : le jeune issu d’un quartier difficile trouvera-t-il son compte à être affecté dans ce lieu par l’entreprise qui l’a recruté ?
Notons également que la motivation première d’une politique de promotion de l’égalité des chances relève du politique ou du sociétal, plus que de l’économique proprement dit.
Une approche élargie de la notion d'identité culturelle permet de définir la diversité
Dans l’absolu, toute personne est caractérisée par un certain nombre de critères tels que son genre, son âge, ses origines, son état de santé, son orientation sexuelle, etc.
Ces caractéristiques génèrent des expériences de vie différentes, qui contribuent à construire l’identité culturelle de l’individu, avec sa sensibilité propre et ses représentations. La notion d’identité culturelle est ici utilisée dans son sens le plus large. Il ne s’agit pas seulement de la dimension culturelle telle qu’elle découle des cultures nationales et qui constitue le cœur du management interculturel. Mais beaucoup plus largement de toutes les caractéristiques mentales de l’individu construites à partir de de son expérience de vie et qui génèrent la reconnaissance de ce qu’il est, par lui-même et par les autres.
Selon les entreprises, les identités culturelles des collaborateurs sont plus ou moins hétérogènes. Une absence de diversité sur des critères illégitimes (ceux prohibés par la loi, en premier lieu), qui serait notamment le résultat de discriminations, se traduira de fait par une homogénéité culturelle renforcée.
En effet, sur chacun de ces critères illégitimes, il peut y avoir dans une entreprise un groupe dominant. Dominant en nombre (sur l’ensemble des effectifs ou sur les postes à plus forte responsabilité), ou dominant de fait, dans les représentations mentales qu’il porte et qui sous-tendent l’activité de l’entreprise.
Manager la diversité consisterait à faire travailler ensemble de manière efficace des individus caractérisés par des identités culturelles hétérogènes, construites par chacun notamment à partir de ses caractéristiques de nature sociologique ou démographique spécifiques.
Cette définition de la diversité ouvre la voie à une approche ouverte, dans laquelle les différences sont intégrées quelles qu’elles soient et où la contribution de l’individu est prise en compte selon sa propre singularité.
Cette tentative de définition de la diversité permet d’aborder sous un éclairage nouveau la question des motivations qu’a l’entreprise pour travailler cette thématique.
POURQUOI DEVELOPPER LA DIVERSITE ?
L’analyse des politiques de diversité mises en œuvre par les entreprises et de la communication qui les accompagnent montre qu’il existe trois motivations très différentes pour travailler la diversité : l’impératif de gestion du risque, la volonté de mettre en œuvre une démarche éthique et citoyenne, la recherche de performance.
Gérer les risques
L’entreprise est soumise à un certain nombre d’obligations légales sur les différents critères de la diversité. Or les actions en justice intentées par des salariés s’estimant à tort ou à raison victimes de discrimination se sont développées ces dernières années. Et c’est à l’employeur qu’il incombe d’établir que la disparité de situation mise en avant par le plaignant est justifiée par des éléments objectifs étrangers à toute discrimination.
Une condamnation de l’entreprise ou d’une des entités juridiques qui la composent n’est pas neutre quant à son image et à sa réputation : l’opinion publique est sensible à ces thèmes, le consommateur-citoyen est de plus en plus présent. Une décision de justice de ce type peut donc avoir des conséquences sur le niveau d’activité de l’entreprise. Ne pas manager la diversité reviendrait à ne pas gérer ces risques et serait alors de nature à nuire indirectement à la performance.
Pour autant, ne gérer la diversité que pour éviter la réalisation de ces risques juridiques ou d’image présente une limite évidente : l’entreprise n’agira qu’a minima. Dans cette logique, la réaction de l’entreprise face à de nouvelles obligations légales ayant un lien avec la diversité est d’ailleurs très parlante. Elle va gérer la contrainte en se contentant d’apporter une réponse formelle qui impacte peu la réalité. C’est ainsi que l’obligation pour les entreprises de plus de 50 salariés de négocier un accord ou de mettre en œuvre un plan d’action sur les seniors avant le 1er janvier 2010 a bien sûr été respectée, mais qu’elle ne s’est traduite par un engagement concret et visible sur ce sujet que dans une minorité d’entreprises.
Mettre en oeuvre une démarche éthique et citoyenne
C’est en premier lieu une impulsion externe qui a incité certaines entreprises à s’engager dans une démarche de type sociétal en diversifiant leur recrutement. Interpellées par les pouvoirs publics et par l’opinion, notamment du fait de leur implantation dans des territoires socialement difficiles, ces entreprises ont infléchi leurs pratiques de recrutement pour contribuer à réinsérer dans la société des populations que cette dernière avait de fait marginalisées, voire exclues. D’autant que ces entreprises ont également pris conscience qu’une démarche de type citoyen contribuait à renforcer leur intégration dans ces territoires et pouvaient conditionner leur réussite.
Ces initiatives ont trouvé naturellement leur place dans les politiques de Responsabilité Sociale de l’Entreprise et dans la communication de l’entreprise sur ce thème.
Une autre démarche a consisté à travailler sur la diversité à partir d’un souci de cohérence avec les valeurs et l’éthique de l’entreprise, dans une logique tournée vers les acteurs internes que sont les collaborateurs. Comment une entreprise affichant des valeurs fortes peut-elle rester silencieuse sur ces questions de diversité ?
Ces deux démarches, l’une tournée vers l’extérieur, l’autre vers l’interne, ont parfois été combinées, par exemple en mobilisant des salariés de l’entreprise sur les actions qu’elle impulsait vis-à-vis des quartiers.
Centrée sur le recrutement plus que sur la gestion équitable des populations composant l’entreprise, cette approche à caractère éthique et citoyen a permis à certaines entreprises de découvrir cette thématique de la diversité. Mais celles qui en sont restées à une motivation de ce type n’ont pas modifié en profondeur leurs pratiques de gestion des ressources humaines.
Accroître la performance
Outre les enjeux de la diversité cités ci-dessus, la page d’accueil du site internet de la Charte de la diversité met en avant des motivations à caractère économique : optimiser la gestion des ressources humaines et augmenter la performance économique de l’entreprise.
Concernant l’optimisation de la gestion des ressources humaines, le site précise : « La gestion de la diversité conduit à une optimisation des compétences et favorise l'implication des salariés. Diversifier ses sources de recrutement et intégrer de nouveaux profils permet aussi de faire face aux pénuries de main d'œuvre. »
Pour ce qui est d’augmenter la performance économique, il est précisé : « Sur le long terme, une équipe diversifiée permet de mieux comprendre les attentes de ses différents types de clientèle, de pénétrer de nouveaux marchés, de développer la capacité d'innovation de l'entreprise, de mieux s'adapter au changement. »
Les entreprises sont nombreuses à mettre en avant cet argument de la diversité source de performance. Mais cette communication est rarement étayée par des arguments de démonstration.
Remarquons enfin que les investisseurs surveillent de plus en plus étroitement les facteurs non financiers, considérant que le capital humain constitue l’une des formes d’actifs incorporels les plus importantes. La prise en compte croissante des actifs « immatériels » dans les évaluations boursières a pesé dans la prise en compte par les entreprises de la diversité comme source de création de valeur.
Gérer les risques, mettre en œuvre une démarche éthique et citoyenne, accroître la performance : les motivations des entreprises pour investir le terrain de la diversité sont variables. Au-delà de la communication sur le sujet, l’analyse des politiques mises en œuvre montre qu’il peut y avoir un mix de ces motivations.
Lorsque la recherche de performance ne constitue pas une des motivations en matière de diversité, l’entreprise risque néanmoins de rencontrer deux limites : d’une part, son approche sera essentiellement défensive, ce qui est insuffisant pour mettre en œuvre une politique ambitieuse. D’autre part, les actions impulsées seront fragiles et risqueront de ne pas être poursuivies dans la durée, faute de motivation relevant des logiques internes de l’entreprise.
QUELS IMPACTS DE LA DIVERSITE SUR LA PERFORMANCE DE L'ENTREPRISE ?
Le lien est donc régulièrement établi dans la communication des entreprises entre diversité et performance. Pour autant, ce lien relève souvent du credo : il est affiché sans être démontré. Notre objectif ici est de dépasser cette affirmation et de détailler les mécanismes potentiellement à l’œuvre pour faire de la diversité un levier de performance pour l’entreprise.
Le constat
Le lien entre le degré de diversité d’une organisation et sa performance renvoie à une logique de bon sens, appuyée par des constats empiriques. Pour valider ce lien, de multiples recherches universitaires ont été menées, notamment aux Etats-Unis. Par ailleurs, des études ont été réalisées pour tenter de démontrer cet impact, voire de le mesurer.
Dans une étude portant sur plus de 500 entreprises et intitulée « Does Diversity Pay? Race, Gender and the Business Case for Diversity », Cedric Herring, chercheur à l’université de Chicago, a ainsi établi l’impact de la diversité d’origine d’une part, de la mixité d’autre part, sur plusieurs indicateurs économiques : le chiffre d’affaire, le nombre de clients et le résultat.
Selon une étude réalisée par Goodwill Management pour IMS-Entreprendre pour la Cité en 2010 à partir de quatre grandes entreprises (AXA, L’Oréal, Orange et Vinci), la diversité, dès lors qu’elle est bien managée, augmenterait la rentabilité de 5 à 15%, selon les types d’activité. Grâce à un focus sur les équipes de production, cette même étude met en évidence que les équipes les plus diverses sont les plus performantes. L’analyse d’un indicateur de performance et des chiffres de ces unités de production montre que les plus performantes sont celles qui ont le taux d’emploi de travailleurs handicapés le plus élevé, un encadrement de proximité fortement féminisé et un fort emploi de salariés seniors. A l’inverse, l’unité de production la moins performante est celle ayant le moins de diversité sur l’ensemble de ces critères.
Le cabinet de conseil McKinsey mène depuis 2007 des travaux sur le lien entre mixité et performance, qui ont donné lieu à la publication d’un rapport annuel, Women Matter. Analysant la situation de 300 entreprises, le dernier rapport en date met en évidence que les entreprises qui ont la plus forte mixité dans leurs comités de direction sont aussi celles qui ont la performance financière la plus élevée.
L’ensemble de ces recherches et de ces études mettent en évidence un lien entre diversité et performance. Mais quelle est la nature de ce lien ? Quels sont ses mécanismes ?
Les différents mécanismes en jeu
Les impacts commerciaux
Une étude publiée par le Boston Consulting Group en juin 2011, « Hard-Wiring Diversity into Your Business », met en évidence la nécessité de développer la diversité comme réponse à une diversification de la clientèle en micro-segments caractérisés par des valeurs, des comportements et des priorités spécifiques. Un corps social reflétant la composition démographique de la clientèle permet une compréhension détaillée de ses caractéristiques.
Les impacts commerciaux de la diversité sont de plusieurs natures : les entreprises doivent tout d’abord s’adapter par nature à leur environnement pour assurer leur survie et améliorer leur situation, et la diversité de leurs collaborateurs est une réponse à la diversité de cet environnement sous son aspect commercial.
Par ailleurs, l’enjeu de la qualité de service est devenu primordial dans la relation avec le client et peut constituer un facteur de différenciation de l’entreprise. La proximité entre les clients et les populations de l’entreprise qui sont en contact avec eux, leur « ressemblance » pourrait-on dire, devient alors un atout essentiel.
Enfin, la diversification croissante de la clientèle impose à l’entreprise de mieux identifier les besoins et les attentes dans toute leur diversité. Répondre aux attentes spécifiques de certains segments du marché nécessite de développer des stratégies marketing reposant sur la diversité des clientèles visées, ce qui est plus aisé si le corps social de l’entreprise est lui-même divers.
Les impacts Ressources Humaines
« Lutter contre les discriminations en entreprise n’est pas affaire de compassion, mais d’intérêt bien compris ! La génération du « baby boom » partant à la retraite, la France va connaître un déficit de main d’œuvre. Ce serait contre-productif de nous priver des réserves considérables de dynamisme, de compétences et de créativité qui existent chez nous, sous prétexte que ces personnes seraient différentes. » expliquait Claude Bébéar en 2004.
Les effets du choc démographique sont désormais mieux appréhendés. Les métiers et les secteurs les plus impactés hier, aujourd’hui et demain sont connus. Certes, la crise a considérablement réduit pendant toute une période l’impact de ces évolutions démographiques. Il n’en reste pas moins que dans les prochaines années, l’entreprise devra faire face à des pénuries de main d’œuvre ciblées, conséquences à la fois du « papy boom » et du « baby gap », avec les classes d’âge creuses arrivant sur le marché du travail dans les dix prochaines années.
Des pénuries de compétences peuvent handicaper fortement la performance de l’entreprise, sauf à redéfinir en les élargissant les viviers dans lesquels elle puise.
Le choix d’ouvrir le recrutement et les évolutions possibles en interne à des populations qui ne faisaient pas partie jusque là du « cœur de cible » de l’entreprise constitue une réponse à ces pénuries futures.
Le deuxième impact Ressources Humaines d’une politique de diversité porte sur la détection et de gestion des talents. Celles-ci restent encore dans de nombreuses entreprises restreintes par des caractéristiques de formation initiale, d’âge ou de genre, notamment. Mettre en œuvre une politique de diversité en la matière permet d’identifier et de développer des potentiels qui, à défaut, se seraient heurtés à un des plafonds de verre, avec le gâchis que représente pour l’entreprise la sous-utilisation de ces talents.
Enfin, de nombreuses entreprises témoignent du fait qu’une politique de diversité communiquée, expliquée et effectivement mise en œuvre est un facteur d’engagement des collaborateurs. Il ne s’agit pas seulement là de l’engagement des salariés qui auraient pu être victimes de discrimination, mais de celui de l’ensemble du corps social dont toutes les enquêtes montrent la sensibilité à la notion d’équité. Impact sur l’engagement donc, alors que de nombreuses études ont mis en évidence le lien de causalité entre engagement et performance.
Le mécanisme principal
Le mécanisme par lequel la diversité a potentiellement l’impact le plus fort sur la performance économique de l’entreprise est lié à l’enrichissement de la décision.
Reprenons la notion d’identité culturelle au sens large, telle que définie dans la première partie de ce document. Plus les identités culturelles des membres d’une équipe sont hétérogènes, puis il y a entre eux altérité cognitive et informationnelle, mais aussi relationnelle avec l’accès à d’autres réseaux.
Analysons maintenant une situation de prise de décision au sein d’une équipe. Qu’il s’agisse d’une équipe de direction, d’une équipe projet ou plus largement de toute équipe de travail. Peu importe que cette décision doive être prise formellement ou de façon informelle. L’approche de cette décision par chacun des membres de cette équipe sera le résultat du croisement des informations objectives mises à la disposition de tous, mais aussi des perceptions subjectives de chacun à travers son identité culturelle. Quant au contenu et à la qualité de la décision, ils dépendront de ces deux facteurs, mais aussi de la qualité des interactions entre les membres de cette équipe.
Si et seulement si cette dernière dimension est optimisée, la diversité permettra :
- De mettre à disposition du collectif des informations non-redondantes.
- De mobiliser des référentiels culturels inhabituels car portés par des personnes n’appartenant pas au groupe dominant.
- De donner au collectif accès à des expériences et compétences nouvelles.
- D’enrichir les processus d’analyse des problèmes et d’aborder de façon novatrice les enjeux à traiter.
- De considérer des alternatives non évidentes.
Toutes ouvertures qui seront particulièrement utiles pour faire face à des situations nouvelles, ou pour aborder de façon inédite des situations récurrentes traitées auparavant de façon insatisfaisante.
L’hétérogénéité des identités culturelles peut donc générer une amélioration de la qualité de la décision prise, avec les conséquences de cette amélioration sur la performance de l’entreprise. La différence individuelle et la diversité qui en découle sont alors appréhendées comme des opportunités d’apprentissage et d’enrichissement collectifs, l’un et l’autre générateurs de performance.
Cette approche du processus de décision renvoie à la notion d’innovation, dans son acception large (c’est à dire non limitée aux métiers dont elle constitue le cœur, comme les collaborateurs des Directions Innovation, les ingénieurs de développement ou les marketeurs). En permettant la confrontation d’identités culturelles hétérogènes, la diversité devient pour le collectif source de créativité et d’innovation. Elle lui permet de « penser en dehors du cadre », notamment en considérant des alternatives non-évidentes.
Différents travaux ont d’ailleurs souligné que l’innovation passait souvent par les profils dits « déviants ».
Ce mécanisme de contribution de la diversité à la performance explique que certaines entreprises aient élargi leur approche de la diversité à d’autres critères, comme celui de la formation initiale des candidats qu’elles recrutent. Si la diversité impacte la performance via l’hétérogénéité des identités culturelles, pourquoi la réduire à une démarche anti-discriminations et ne pas travailler en addition sur d’autres critères que ceux qui sont illégitimes ?
« Si tu diffères de moi… loin de me léser, tu m’enrichis. » écrivait Antoine de Saint-Exupéry dans Citadelle. Traiter la diversité comme un levier de performance permet à l’entreprise de développer un avantage concurrentiel. Sur ses marchés, ce sont alors en quelque sorte les différences… qui font la différence.
L'arrière-plan
Deux facteurs expliquent que la diversité ait désormais un tel impact potentiel sur la performance de l’entreprise.
Il s’agit tout d’abord de la transformation en profondeur de la nature même du travail. Dans la lignée du taylorisme, le travail a longtemps été pour l’essentiel constitué de tâches prescrites et normées. L’enjeu premier résidait alors dans l’excellence de l’exécution, toute initiative était perçue comme une dérive à éviter. Dans ce contexte, la diversité n’apporte aucune valeur ajoutée quant à la performance. C’est même le contraire : avec cet idéal de « l’homme-robot », il est beaucoup plus simple de gérer des semblables, des clones. L’absence de diversité est aussi un des héritages du taylorisme.
Mais la nature du travail n’est plus la même. Nous sommes aujourd’hui pour l’essentiel dans l’ère du travail du savoir, dans laquelle les collaborateurs, y compris dans les métiers de base de l’entreprise, gèrent et traitent pour l’essentiel des informations. Et c’est là que l’intérêt de la diversité tel que décrit ci-dessus prend tout son sens, la contribution de l’individu comme du collectif devenant beaucoup plus qualitative que quantitative.
Autre transformation, celle de l’environnement de l’entreprise, avec deux caractéristiques : une complexité accrue et un changement permanent. Pour y faire face, les certitudes et la pensée unique ne fonctionnent plus. Il s’agit au contraire pour l’entreprise et ceux qui la composent de faire preuve d’agilité, de revisiter les habitudes et les modes de fonctionnement, de faire beaucoup plus qu’auparavant preuve « d’intelligence des situations. » Autant de modes de fonctionnement qui bénéficient de la diversité, à partir des mécanismes détaillés plus haut.
QUELLES CONDITIONS DE REUSSITE ?
Il ne s’agit pas ici de décrire les volets d’une politique de diversité, mais les conditions qui permettent de maximiser l’impact de la diversité sur la performance. Les axes de travail détaillés ci-dessous ne se substituent pas aux actions prévues par l’entreprise pour réduire les discriminations et promouvoir l’égalité des chances. Ils viennent les compléter et doivent être mis en œuvre en parallèle si l’entreprise veut faire de la diversité un levier de performance.
L'enjeu de la coopération
La diversité, à travers l’hétérogénéité des identités culturelles qu’elle permet, est un levier de performance pour l’entreprise sous réserve de la qualité des interactions entre les personnes.
Une diversité limitée, avec des identités culturelles proches s’appuyant sur des codes communs, permet de décider rapidement, d’éviter de nombreux conflits potentiels, sans chocs culturels. La diversité peut a contrario être source d’incompréhensions, de tensions et de dysfonctionnements. C’est parce que l’hétérogénéité d’une équipe est dans un premier temps porteuse d’un déficit de socialisation qu’elle peut générer de la lenteur et une réduction de son efficacité.
Ce ne sera plus le cas si cette diversité est organisée. L’enjeu est de créer les conditions pour maximiser les effets de la diversité sur la performance, en travaillant sur l’unité du collectif de travail au-delà des singularités légitimes de chacun de ses membres. Ce collectif doit être intégré et régulé, donc cohérent. Il s’agit de connecter des points de vue, des approches, des référentiels culturels différents.
C’est donc aussi la façon dont la diversité sera managée qui en fera un levier de performance, et pas uniquement la diversité en tant que telle.
Sachant que développer la coopération entre des personnes diverses renvoie à une forme de coopération entre individus complémentaires, alors que les formes de la coopération traditionnelles sont souvent de type communautaire, entre personnes caractérisées par leurs ressemblances.
Les axes à travailler
Le premier axe de travail pour l’entreprise concerne ses processus de décision. Il s’agit de développer l’ensemble des acteurs de l’entreprise, dirigeants, managers et collaborateurs pour que la décision, à chaque niveau de l’organisation, soit le résultat d’un processus basé sur l’écoute, la confrontation constructive, la prise en compte de points de vue différents, la construction commune d’une réponse partagée et intégrée par tous. Cette approche est à l’opposé de la prise de décision autoritaire (une personne décide) ou majoritaire (le groupe dominant décide.) Elle conduit de fait l’entreprise à transformer son approche du pouvoir et de l’autorité.
La sensibilisation des différents acteurs de l’entreprise à la valeur ajoutée de la diversité en matière de qualité des décisions est de nature à faciliter la mise en œuvre effective de processus de décision de ce type : elle lui donne du sens.
Le second axe de travail, sans lequel le premier ne peut être mis en œuvre, porte sur le management. La gestion de la diversité est d’abord un enjeu de proximité. Elle est donc en grande partie entre les mains du manager. Or il existe un frein objectif à la prise en charge de cette dimension par le manager, celui de la complexité : la diversité permet de prendre de meilleures décisions, mais pas de la manière la plus simple. Les discriminations s’expliquent d’ailleurs souvent par un besoin de simplification, auquel répondent les préjugés et les stéréotypes qui les sous-tendent.
Prendre en compte la complexité de la gestion de la diversité par le manager doit conduire à la fois à le développer sur cette dimension, mais aussi à revisiter la question de sa charge de travail, et le cas échéant celle du dimensionnement de la structure managériale.
Le troisième axe de travail renvoie aux critères de différenciation de l’entreprise entre les individus. L’entreprise doit expliciter dans le détail les critères objectifs sur lesquels elle fera la différence entre les personnes en matière de rémunération et de parcours. S’agit-il de la performance des collaborateurs, de leurs compétences, de leur potentiel, de leur niveau d’engagement, d’une combinaison de ces facteurs ? Ces critères doivent être définis très précisément et communiqués largement.
De plus, l’entreprise doit mettre à la disposition de ceux qui évaluent la personne en fonction de ces critères les éléments (politique, process, outils, indicateurs, etc) qui permettent d’objectiver cette mesure.
Il s’agit là non seulement d’une condition sine qua none pour éviter que des critères discriminatoires ne soient appliqués, de façon consciente ou pas. C’est aussi un moyen pour l’entreprise de renforcer le couple contribution-coopération qui sous-tend le management de la diversité : elle affiche ce qu’est la contribution attendue de chacun et facilite la coopération en répondant à l’attente d’équité qui la conditionne.
Le quatrième axe de travail consiste à définir et à formaliser un cadre commun à tous : il peut par exemple s’agir du projet de développement de l’entreprise, de ses objectifs, de sa mission et de ses valeurs, etc. Ce cadre partagé fournit aux identités culturelles diversifiées des repères pour s’exprimer. Il donne du sens. Il ne doit pas être trop normatif pour ne pas restreindre les contributions individuelles.
ALLER PLUS LOIN
Les entreprises ont globalement progressé sur la promotion de la diversité ces dernières années. En témoigne l’évaluation des entreprises cotées de l’Euro Stoxx 600 en matière de lutte contre les discriminations et d’égalité des chances, réalisée et rendue publique en septembre 2011 par l’agence de notation extra-financière Vigeo. Ce ne sont pas seulement les engagements de ces entreprises qui ont été mesurés, mais aussi leurs politiques concrètes et les résultats obtenus. Les progrès sont manifestes par rapport à la mesure réalisée en 2008. Les entreprises ayant leur siège social en France arrivent en tête de ce classement européen. Pour autant, le score moyen de ces entreprises reste faible dans l’absolu, et la disparité entre elles est forte. Il faut donc aller plus loin.
La thématique de la diversité relève du juridique avec la lutte contre les discriminations, du politique avec l’enjeu de l’égalité des chances, et du sociétal avec l’impératif de cohésion sociale. Mais pour l’entreprise, n’aborder la diversité que sous ces angles revient à ne traiter le sujet qu’à partir de considérants qui sont extérieurs à sa logique première, qui est économique.
La performance apparait comme le principal argument pour modifier en profondeur et durablement les pratiques en matière de diversité. En effet, la recherche de performance constitue le dénominateur commun de tous ses acteurs. Elle fait partie du quotidien des managers dont la responsabilité première est d’animer la performance de leurs collaborateurs. Elle est l’essence même de la responsabilité de dirigeant. Mettre en évidence le levier que constitue la diversité pour accroître cette performance, tout en créant les conditions pour que ce soit effectivement le cas, permet de mobiliser les acteurs de l’entreprise sur la diversité puisqu’elle devient alors pour eux un facteur endogène de leur objectif premier, la performance.
collaborateurs.
DECEMBRE 2011 - LE CLIENT FINAL, PUISSANT LEVIER DE TRANSFORMATION DE LA GRH
Toutes les entreprises sans exception ont développé un discours fort sur la satisfaction du client. Pour autant, cette expression renvoie selon les cas à des pratiques effectives de qualité radicalement différentes. Différentes à travers ce que les clients eux-mêmes en vivent au quotidien. Différentes également quant à la conception du client que l’entreprise anime auprès de ses collaborateurs.
Etre centré sur la satisfaction client, faire passer sa fidélisation avant le gain commercial immédiat est pourtant un levier extraordinaire. Quand, dans un secteur donné, une entreprise fait au quotidien la différence avec ses concurrents sur la qualité du service au client, elle en tire des bénéfices durables. Ainsi Pacifica, unique entreprise du secteur de l’assurance dommages à avoir un taux de satisfaction des clients sinistrés supérieur à 90%, est également la seule à connaître des taux de croissance à deux chiffres.
Pour nous, en RH, le client final est d’abord un levier extraordinaire pour transformer la gestion des hommes. Cette voie est efficace pour traiter plusieurs dérives :
- L’entreprise conflictuelle, dans laquelle les représentations mentales du corps social sont basées sur des antagonismes. L’introduction du client final comme acteur majeur permet de transformer le climat social.
- L’entreprise lourde, centrée sur ses processus et techniques internes. L’introduction du client final comme acteur majeur permet de la « débureaucratiser. »
- L’entreprise politique, centrée sur ses enjeux de pouvoirs et de territoires. L’introduction du client final comme acteur majeur permet de réorienter ses modes de fonctionnement.
Attention, il ne s’agit pas ici d’instrumentaliser le client pour ajouter de la pression sur les salariés. Mais de travailler avec les collaborateurs à transformer la relation de l’entreprise avec ses clients. En partageant un objectif commun, la satisfaction du client, qui donnera du sens à l’activité de chacun, permettra de mobiliser les énergies et de développer les coopérations internes. Puis en définissant avec eux les modalités concrètes pour progresser.
Deux axes doivent alors être travaillés en parallèle :
- Le premier concerne la transformation de la culture et des comportements. Il s’agit de rendre le client final visible pour tous, de mettre en évidence l’impact client de chaque action ou projet, d’utiliser systématiquement les feedbacks des clients pour progresser. C’est ainsi que des entreprises comme Europcar ou The Phone House ont fortement développé cette culture client dans la dernière période en mobilisant leurs collaborateurs pour interroger les clients sur la qualité du service apportée, avec la démarche « Net Promoter Score. » Ou que Décathlon a transformé ses approches RH en intégrant dans la DRH un magasin laboratoire.
- Le second axe porte sur la structure. L’entreprise est-elle organisée en fonction de ses logiques internes ou de l’intérêt du client ? Celui qui entre chez Fauchon, place de la Madeleine à Paris, doit faire trois fois la queue : pour le salé, pour le sucré et pour la caisse. L’entreprise est en effet organisée en fonction de ses métiers, et non des flux clients. A contrario, une compagnie aérienne comme Southwest Airlines considère depuis plus de 10 ans que la dichotomie classique entre personnel au sol et personnel navigant n’a de légitimité qu’en interne. Elle s’est réorganisée pour mettre face aux clients d’un vol donné une seule et même équipe, de l’enregistrement jusqu’à la sortie de l’avion.
Un chantier de ce type suppose que l’entreprise soit prête à des remises en cause radicales. Ainsi, les feedbacks des salariés de la SNCF sur les actions à impulser pour améliorer la qualité du service client ont-ils conduit à revisiter la politique commerciale. Développer l’orientation clients des agents supposait bien sûr que les politiques de l’entreprise soient elles aussi orientées clients.
Cette approche permet de fait de sortir des logiques antagonistes dont nous avons hérité et de réconcilier enfin les intérêts des trois acteurs majeurs de l’entreprise que sont le collaborateur, le client et l’actionnaire. Elle donne du sens au fonctionnement de l’entreprise. Elle génère de la coopération, enjeu majeur dans la période actuelle.
NOVEMBRE 2011 - ALERTE SUR L'ENGAGEMENT DES SALARIES
Une étude réalisée auprès de 30.000 salariés a révélé fin septembre que 30% des salariés disaient songer sérieusement à quitter leur entreprise. Ils étaient 19% en 2007. De même, ils ne sont plus que 58% à être fiers de leur entreprise, soit 9 points de moins qu’avant la crise. Ces chiffres confirment une rupture significative dans l’engagement des salariés.
La notion d’engagement est aujourd’hui largement répandue. Les entreprises comme les chercheurs ont longtemps parlé de la « motivation », qui renvoie à l’envie de se lever le matin pour aller travailler, de s’investir dans son activité professionnelle et de se dépasser. La notion d’engagement va plus loin, avec la traduction de ces envies en actes. Or c’est bien cette matérialisation qui intéresse l’entreprise. C’est à ce niveau de la réalité des actes que l’engagement peut être constaté et mesuré.
Pourquoi cette dégradation est-elle grave ? Tout simplement parce qu’il n’y a pas de variable plus importante pour l’entreprise que le niveau d’engagement de ses collaborateurs : cet engagement dans leur activité conditionne leur performance, donc celle de l’entreprise, avec un lien de causalité directe démontré par de multiples études.
Cet impact du niveau d’engagement sur la performance est d’autant plus important aujourd’hui que le travail s’est transformé. Tant qu’il était constitué de tâches d’exécution, dans un cadre taylorien, la performance était en premier lieu le résultat de processus normés et des contrôles opérés. Mais en quelques décennies, s’est développé le « travail du savoir » avec des salariés qui traitent d’abord des informations et gèrent des réseaux relationnels. Même lorsque le travail reste normé et prescrit, ce sont les marges de manœuvre dont dispose le collaborateur pour prendre des initiatives et faire preuve d’intelligence des situations qui font la différence quant à la performance qu’il délivre.
Certes le contexte de crise explique cette dégradation du niveau d’engagement. Bien sûr les effets du désengagement se font encore peu sentir du fait de l’état du marché et des attitudes de prudence ou de résignation que génère également la crise.
Faut-il pour autant renoncer à travailler l’engagement ? Au vu des résultats du baromètre RH à paraitre dans Liaisons Sociales Magazine de novembre, c’est apparemment la réponse de nombre d’entreprises. Pourtant l’impératif de performance n’a jamais été aussi fort. Et ce renoncement pourrait entraîner des réveils douloureux pour l’entreprise lorsque la situation économique s’améliorera.
Alors si l’engagement constitue un tel enjeu, comment faire ? Il existe deux voies, qui peuvent être combinées. La première consiste à travailler sur les leviers concrets de cet engagement. Dans le « deal » entre l’entreprise et le collaborateur, que va apporter l’entreprise ? L’engagement est alors généré par les bénéfices qu’escompte le salarié de son activité. Il peut être décrit comme calculé, presque instrumental, dans une logique de donnant-donnant.
Les employeurs de référence ont de fait construit leur différenciation sur un ou deux leviers : le contenu des postes occupés, l’autonomie laissée au collaborateur, les conditions de travail, le développement des compétences, les parcours possibles ou la qualité des pratiques de management.
L’autre chemin renvoie à la relation d’ordre affectif et moral qui peut être nouée entre le collaborateur et son entreprise et qui alimente le sentiment d’appartenance. Cet engagement sera développé par l’entreprise à travers la construction et le partage d’un projet, d’une vision de son avenir, d’une explicitation de sa mission et de ses valeurs. Il renvoie à la notion de sens.
Les actes concrets de l’entreprise envers ses collaborateurs doivent alors être cohérents avec ces éléments de sens. Et c’est là que les deux voies pour développer l’engagement peuvent être combinées. Les entreprises qui génèrent le niveau d’engagement le plus élevé sont celles qui parviennent à articuler éléments de sens et traduction en actes RH concrets, en travaillant un ou deux axes de différenciation, ainsi que l’ont fait des groupes comme Danone, Schlumberger et Sodexo, ou des entreprises de moindre taille comme Orangina-Schweppes ou MicroCred.
OCTOBRE 2011 - REDUIRE LE POIDS DES RELATIONS SOCIALES DANS LES ACTIVITES DE LA DRH
Sous le double impact de notre héritage social et de l’arsenal juridique français, les relations sociales pèsent parfois très lourd dans certaines entreprises. Au point que l’ensemble de l’activité de la DRH semble subordonné à ce terrain. Tout sujet RH est alors en premier lieu un objet de relations sociales qu’il convient de traiter dans le cadre de la négociation. Ceci aussi bien dans de grands groupes industriels ou publics que dans certaines grosses PME. Il s’agirait dans ces organisations du passage obligé pour assurer la paix sociale.
Cette situation est alimentée par le législateur, qui tend à traduire tout élément du débat public concernant le monde du travail en obligation de négocier avec les partenaires sociaux et les repositionnent ainsi systématiquement au centre du jeu. Comme si ne cohabitaient dans l’entreprise que les représentants de l’actionnaire et ceux des salariés, leurs mandants sagement alignés derrière eux.
C’est oublier un peu vite l’acteur premier de l’entreprise : ses collaborateurs. Ce sont d’abord leurs perceptions qu’il s’agit de prendre en compte. C’est à leurs attentes qu’il faut répondre. Ce sont en premier lieu leurs réalités quotidiennes qu’il faut faire évoluer. C’est leur adhésion et leur engagement qu’il faut développer.
Or les positions prises par les partenaires sociaux ne reflètent pas toujours, loin de là, ce que pense le corps social de l’entreprise. Certains combats peuvent être très éloignés des préoccupations des collaborateurs. De plus, ce n’est pas toujours parce que les partenaires sociaux auront été convaincus que la perception du corps social évoluera. La crise de la représentation ne fait que s’accroître année après année, avec un décalage grandissant entre perceptions des salariés et positions des partenaires sociaux.
Ecartons toute ambiguïté : les organisations syndicales et les IRP doivent jouer leur rôle, tout leur rôle. Mais rien que leur rôle : elles ne peuvent se substituer au corps social. De même que les relations sociales ne peuvent tenir lieu à elles seules de politique RH.
Dans les années quatre-vingt-dix, Mc Donald’s France a tiré les conséquences de l’échec de la transposition en France du « modèle social » américain et engagé une politique de négociation tous azimuts avec ses syndicats. L’entreprise a alors conclu de nombreux accords. Elle est même devenue la référence de sa branche d’activité en matière sociale. Pourtant cette réorientation radicale n’a pas réduit les conflits qui secouaient régulièrement ses restaurants. L’entreprise se trompait de cible : elle avait oublié que l’enjeu principal n’est pas les syndicats, mais les salariés.Sous l’impulsion d’un nouveau DRH et en parallèle de sa politique de négociation, Mc Donald’s France s’est engagé en 2001 dans des projets de fond portant sur le quotidien des salariés, notamment à travers les pratiques de management. C’est à partir de là que les perceptions de ses collaborateurs ont commencé à évoluer et les conflits à diminuer.
Cet exemple illustre ce que peut être la démarche de transformation d’une entreprise dans laquelle les relations sociales auraient pris le pas sur la vraie vie. Le point de départ consiste à s’alimenter des réalités sociales, en veillant à investir pleinement la relation entre l’entreprise et le salarié : présence terrain des équipes RH, réappropriation de cette dimension par le management, enquête d’opinion des salariés, etc.
Au cœur de cette approche, la nécessité de penser la relation directe de l’entreprise avec ses salariés comme première, primant sur les autres, et ne se déléguant pas. Ce qui implique de traiter chaque enjeu sur le fond, en se centrant sur ce que vivent les collaborateurs, en les associant à la construction des réponses et en faisant jouer un rôle central aux managers.
Sans oublier un enjeu, celui des représentations culturelles qu’ont les salariés des différents acteurs de l’entreprise : ses clients, ses actionnaires, sa Direction, son encadrement, ses partenaires sociaux. Travailler à transformer en profondeur ces représentations peut se révéler indispensable.
Avec cette approche d’ensemble, le centre de gravité de l’activité de la DRH est repositionné sur ce que vivent concrètement les collaborateurs, plus que sur le jeu d’acteurs auquel se limite parfois le dialogue social. Cela ne signifie pas pour autant qu’il ne faille plus occuper le terrain des relations sociales, bien au contraire ! En la matière, le respect des personnes et de leurs terrains d’intervention tels que définis par les textes n’en est alors que plus nécessaire.
En mettant en œuvre une approche de ce type, la réalité vécue par les collaborateurs changera, le terrain revendicatif s’asséchera petit à petit et les relations sociales retrouveront alors leur place naturelle dans la gestion des ressources humaines de l’entreprise : toute leur place, mais rien que leur place.
SEPTEMBRE 2011 - DEVELOPPER LES COMPETENCES RH DE DEMAIN AVEC SCIENCES PO
Notre environnement change. Sous l’impact conjugué de déterminants économiques, sociologiques, technologiques et légaux, notamment, nos entreprises évoluent pour faire face à des marchés en évolution constante.
Cette toile de fond n’est pas neutre pour la fonction RH qui elle aussi se transforme. Certaines de ses évolutions sont conjoncturelles, mais nous vivons également des changements de fond. Cette fonction n’est plus la même qu’il y a 10 ans. Et elle ne sera pas la même dans 5 ans. Faire demain ce métier comme nous le faisions hier limiterait considérablement la valeur ajoutée qu’il peut apporter à l’entreprise.
Ce constat renvoie à un enjeu majeur : comment développer les compétences qui permettront non seulement aux DRH de remplir leur fonction au quotidien, mais aussi de répondre à ces transformations de fond ? La plupart des praticiens apportent certes des réponses pragmatiques à cette question : benchmarks, lectures, clubs de DRH, formations ponctuelles, recours à des experts, etc. Est-ce toujours suffisant ?
Derrière le terme générique, si souvent utilisé, de « professionnalisation de la fonction RH », les besoins de mise à jour des compétences des professionnels RH sont immenses. Pour faire face aux transformations, les entreprises ont besoin de professionnels de la fonction RH mieux préparés.
Sciences Po a formé des générations de DRH, qui ont appris à mobiliser dans leur quotidien les apports des multiples champs des sciences humaines et sociales. Une nouvelle étape a été franchie en 2008 avec la création d’un Executive master Ressources Humaines, en partenariat avec Entreprise&Personnel. J’ai le plaisir de codiriger cette formation d’excellence avec Sandra Enlart, Directrice Générale d’Entreprise&Personnel. Chaque promotion est constituée d’une vingtaine de professionnels des ressources humaines, ayant au moins 5 ans d’expérience.
Trois choix essentiels structurent le contenu de l’Executive master : notre premier choix est de veiller, pour chaque thématique traitée, à articuler étroitement apports conceptuels et réalités concrètes. Nous nous fixons pour objectif de rendre les participants à même d’agir sur les réalités de leur entreprise en leur donnant les moyens d’analyser et de comprendre les enjeux. Exprimé plus directement : développer les allers-retours entre main et cerveau. Ce choix structurant se traduit dans le profil des pilotes des différents modules. Il s’agit soit de DRH ayant développé une réflexion de fond sur leur métier, soit d’experts sur une thématique, avec un ancrage approfondi dans l’entreprise.
Notre deuxième choix est de développer une approche stratégique des ressources Humaines. Les outils et la technicité sont bien sûr indispensables dans notre métier. Ils sont évidemment couverts dans ce programme. Mais ils ne constituent que des moyens au service d’un enjeu : la contribution apportée par les RH au développement de l’entreprise. A titre d’illustration, une séquence est ainsi consacrée à travailler avec les participants sur le lien entre les facteurs de différenciation de leur entreprise sur ses marchés et l’identité employeur qu’elle doit construire.
Notre troisième choix est de former les DRH de demain. Certes les contingences actuelles de la fonction sont prises en compte. Mais il s’agit aussi d’être préparé à traiter les thématiques RH émergentes. Ainsi, dans la réflexion menée en 2007 sur la maquette initiale de l’Executive master, prévoir un module sur le bien-être au travail n’allait alors pas de soi. De même, le choix d’intégrer aujourd’hui un module sur les problématiques d’organisation s’appuie plus sur la prospective RH que sur une conception figée de la fonction. Les contenus de l’Executive master RH évoluent donc en fonction des grands enjeux de demain. Ils permettront aux participants d’être au rendez-vous lorsque ces sujets émergeront dans leur entreprise.
Cette formation est organisée en 15 modules de 2 jours, sur un rythme mensuel. Chacun de ces modules intègre 4 dimensions : les apports conceptuels, les outils mobilisables, des témoignages de dirigeants dont la pratique est reconnue, un atelier de synthèse.
Sciences Po a construit un programme en pointe, qui contribue à faire évoluer notre métier à travers les pratiques RH de ceux qui le suivent. Cette formation peut permettre aux potentiels de votre équipe de franchir un cap significatif dans leur compréhension des problématiques RH et dans leur capacité à transformer la réalité de votre entreprise.
Une dernière précision : des réunions de présentation de l'Executive Master RH ont lieu régulièrement à Sciences Po, à destination des participants potentiels. Les pilotes des modules sont également à votre disposition pour toute précision sur cette formation d’excellence.
JUILLET AOÛT 2011 - LETTRE AUX DRH QUI N'Y CROIENT PLUS
En cette période troublée, de nombreux DRH expriment du découragement et de la lassitude, notamment parmi les trentenaires et les quadras. Démotivés, désabusés, ils assurent leurs responsabilités mais n’y croient plus. Tous les DRH ne sont pas concernés, loin de là, mais le phénomène est suffisamment marqué pour s’y arrêter.
Leur sentiment s’appuie sur des réalités objectives. Tout d’abord la prédominance des réorganisations dans leur activité. Ils ne nient pas la nécessité de ces opérations, mais ce n’est pas ce qui a les amenés à ce métier et la répétition est usante. Plus largement, la financiarisation de l’économie et ce qui a été appelé « la prise de pouvoir de l’actionnaire » ont changé la donne. Pour les DRH, cette évolution se traduit au quotidien par une emprise renforcée des logiques de court terme, les projets de fond étant sacrifiés aux résultats trimestriels. En toile de fond, plus que dans d’autres pays européens, certains décideurs ne voient en l’homme qu’un coût et une contrainte. Chez eux subsiste la conception dominante d’une opposition entre l’économique et le social, héritage culturel direct de notre histoire sociale si bousculée.
D’autant qu’existe une difficulté réelle pour quantifier le retour sur investissement des projets RH. Les tentatives pour mesurer le capital humain sont utiles dans la mesure où elles ancrent la nécessité de ne pas investir à fonds perdus, mais elles sont en grande partie infructueuses : la matière humaine est par nature trop complexe pour pouvoir être mise entièrement en équation.
Dans ce contexte global, la plupart des DRH sont aujourd’hui encore « au fond de la mine », malgré tout ce que nous pouvons entendre sur la fin de la crise. Les projets de développement sont rares, certaines entreprises ne sachant que couper (stratégie du boucher) et non plus développer (stratégie du boulanger.) Les DRH ne sont souvent associés aux projets de l’entreprise qu’en bout de course. Beaucoup sont sur un siège éjectable, avec un certain nombre de DRH de qualité qui sont aujourd’hui « en phase de transition. »
La plupart d’entre nous avons choisi ce métier par vocation, le mot n’est pas trop fort. Avec la conviction qu’en développant l’homme de façon ciblée, nous développerions l’entreprise.
Conception alternative de celle évoquée plus haut : l’économique et le social s’alimenteraient l’un l’autre. Comment s’étonner que, confrontés à ces réalités, certains DRH renoncent à cette ambition initiale ?
Pourtant, même dans les entreprises qui paraissent les plus rétives, avec les dirigeants les moins ouverts au facteur humain, des marges de manœuvre existent. Sur la base de notre pratique, nous avons identifié 5 voies.
Il s’agit tout d’abord de traiter tout sujet RH en mettant en évidence le lien avec le projet stratégique de l’entreprise. Au-delà de sa pertinence sur le fond, cette approche permet de faire œuvre pédagogique auprès des dirigeants sur la capacité des RH à créer de la valeur. Quand la DRH de la SCOR remet à plat la gestion des carrières, ce n’est pas pour faire des RH, mais pour alimenter le plan à 5 ans de développement international de l’entreprise.
Deuxième voie : partir de « là où les dirigeants ont faim. » Même les moins sensibles aux logiques RH ont des besoins concrets auxquels une démarche opportuniste peut apporter une réponse. La DRH de ce groupe du BTP a tenté pendant deux ans de vendre à sa direction un projet sur l’identité employeur, sans succès. Jusqu’au jour où les pénuries de compétences ont été telles que la demande est venue des dirigeants opérationnels.
Autre possibilité : s’appuyer sur les attentes des collaborateurs. Elles peuvent constituer un levier d’une grande force auprès des dirigeants. Le DG de Pacifica n’a pas hésité à valider la proposition de sa DRH de construire un référentiel de management après que les collaborateurs aient exprimé dans l’enquête d’opinion leur insatisfaction sur cet item.
Certains DRH sont devenus experts dans leur capacité à instrumentaliser les contraintes législatives nouvelles : plutôt que de tenter d’en limiter l’impact, ils les utilisent pour faire évoluer l’entreprise. Ainsi, alors que de nombreuses entreprises faisaient de l’obligation de négocier sur la GPEC un pur objet de relations sociales, la DRH d’American Express France s’est appuyée sur cette contrainte pour mener avec les dirigeants une réflexion de fond sur la stratégie et ses conséquences sur les métiers et les compétences.
D’autres DRH, enfin, font le choix d’introduire un expert pour rebattre les cartes dans les jeux d’acteurs internes à l’entreprise. L’intervention d’un consultant a ainsi permis à PagesJaunes de redéfinir les missions de la DRH alors que la situation semblait bloquée.
De nombreux DRH continuent à penser, à juste titre, qu’ils font le plus beau métier du monde. Le plus beau… pas le plus facile !
JUIN 2011 - DEVELOPPER UNE IDENTITE EMPLOYEUR DIFFERENCIANTE : LES FACTEURS DE REUSSITE
Les difficultés économiques de ces trois dernières années ont balayé nombre de certitudes en RH et modifié nos priorités. Pour autant, certains sujets devront être travaillés dans la prochaine période. Travailler sur son identité employeur va ainsi redevenir essentiel, pour deux raisons majeures.
D’une part l’enjeu premier de cette sortie de crise réside dans l’engagement que chaque entreprise parviendra à générer chez ses collaborateurs. Sachant que cet engagement conditionne la performance. D’autre part les pénuries de compétences constatées entre 2005 et 2008 dans un nombre limité de secteurs et de métiers vont inévitablement s’élargir. En effet, le nombre de ceux qui arriveront sur le marché du travail dans les prochaines années va diminuer. Selon une étude publiée par le Ministère de l’Education Nationale en décembre 2009, la France formera nettement moins de diplômés dans dix ans du fait des évolutions démographiques.
Les entreprises qui auront construit une identité employeur forte feront la différence sur ces deux enjeux, attractivité et engagement : elles disposeront des compétences dont elles ont besoin parce qu’elles auront su les attirer et les retenir, et elles les auront mises en mouvement.
Comment aborder ce thème de l’identité employeur ? Les entreprises ont gagné en expérience avec ce qu’elles ont mis en œuvre sur ce thème avant la crise. Le premier enseignement est que c’est la réalité qui doit être travaillée. L’identité employeur ne relève pas d’abord de la communication. C’est le concret qu’il faut faire évoluer, la réalité vécue par les collaborateurs, les pratiques RH effectives de l’entreprise. Le cœur de cette démarche relève bien des RH, et pas du « marketing » au sens de la publicité ou du marketing aval. C’est d’ailleurs pourquoi nous parlons ici d’identité employeur et non de marque employeur. Même les acteurs externes, en particulier les candidats que l’entreprise veut attirer, savent parfaitement aujourd’hui ce que sont ses réalités effectives, à travers ce qu’ils en apprennent sur les réseaux.
Le second enseignement est que cette identité employeur doit être construite non dans une logique d’offre : « Que faut-il vendre à ceux que nous voulons attirer ou motiver ? », mais avec une approche de type stratégique : « De quelles pratiques avons-nous besoin pour permettre la mise en œuvre de notre projet stratégique ? » C’est en étant différenciante sur les dimensions RH dont elle a besoin pour se développer sur le plan économique que l’entreprise deviendra un employeur de référence reconnu comme tel par ses collaborateurs et par ceux qu’elle veut attirer.
Plus facile à dire qu’à faire ? L’approche complète consiste dans un premier temps à définir l’identité employeur cible de l’entreprise en déclinant son projet stratégique en nécessités RH.
Ainsi le Groupe Egis, qui fait la différence par rapport à ses concurrents des marchés de l’ingénierie sur son expertise, a-t-il construit son identité employeur cible sur le développement des compétences. Une entreprise comme Microcred, dont le développement géographique est conditionné par le vivier de managers disponibles, a pour objectif d’être vécue par ses collaborateurs comme étant hors norme sur la qualité des pratiques de management.
Un autre exemple, Danone avec une identité employeur alignée sur les facteurs de différenciation business. Les dirigeants de Danone considèrent que le premier facteur de différenciation de l’entreprise sur ses marchés est la vitesse. Pour servir ce modèle, la DRH a construit une identité employeur que les collaborateurs considèrent comme particulièrement motivante sur deux dimensions : d’une part l’autonomie et la responsabilité confiée, source de réactivité et de vitesse, d’autre part les éléments de Sens qui permettent de cadrer cette autonomie. L’identité employeur de Danone telle qu’elle est vécue au quotidien par ses collaborateurs est alignée sur ses besoins business.
Dans un second temps, il est nécessaire d’aligner les pratiques RH sur cette identité employeur cible. Cette approche présente trois avantages majeurs pour l’entreprise : renforcer son attractivité interne et externe, aligner ses pratiques RH sur son projet stratégique, introduire de la cohérence dans ces pratiques en donnant du sens à ce qui est mis en œuvre.
MAI 2011 - GRH : INDIVIDUELLE OU COLLECTIVE ?
A l’occasion de tensions récentes sur les rémunérations, le débat sur la dimension collective ou individuelle de la GRH a resurgi. Ce débat paraissait pourtant avoir été tranché en faveur de l’individualisation dans les années 90, notamment en matière de gestion de la performance. Le focus mis sur la gestion d’une population très réduite de « talents », la mort déclarée du « projet d’entreprise » et de la notion d’engagement envers l’entreprise : tout allait dans ce sens.
Effectivement, quoi de plus positif que la gestion individuelle des ressources humaines puisqu’elle permet la prise en compte de la personne et de son apport effectif à la performance de l’entreprise, mais aussi la valorisation des différences ? Elle répond une aspiration croissante chez les personnes, particulièrement chez les plus jeunes, celle de l’équité, avec la volonté d’être reconnu en fonction de sa contribution : « Je ne veux pas être géré comme la partie d’un tout ! »
A la question : « Si vous embauchez demain un Bill Gates de 22 ans, où sera-t-il dans 5 à 10 ans ? » seules les entreprises qui savent gérer l’individu sont en droit de répondre : « à la tête de l’entreprise. » Dans bien d’autres entreprises, ce profil sera toujours sur le même poste… ou il aura fui très loin !
Pourtant, quoi de plus négatif que la gestion individuelle des ressources humaines quand elle conduit à mettre en concurrence des collègues de travail, quand elle renforce la pression sur les personnes et donc le stress, ou quand la différenciation entre les personnes se fait sur des bases subjectives (« la note de gueule ») ? Rejetée par les organisations syndicales, elle l’est aussi par les salariés lorsqu’elle ne respecte pas les personnes et brise le lien social et les coopérations. Sa mise en œuvre maladroite dans certaines grosses organisations publiques cherchant à se réformer a contribué à discréditer jusqu’à la notion même de performance. Dans d’autres organisations, cette approche a conduit à faire exploser les risques psychosociaux.
Par ailleurs, quoi de plus positif que la gestion collective des ressources humaines lorsqu’elle renvoie à un projet partagé, à une vision et à une aventure vécue en commun, qu’elle est porteuse de sens ? Elle contribue à développer la transversalité dans l’entreprise et les coopérations internes, vécues aujourd’hui par de multiples entreprises comme le facteur clé de réussite. Des groupes comme Danone, Leroy-Merlin ou Roquette Frères, qui ont travaillé leur vision, leur mission ou leurs valeurs en associant leurs salariés, le savent bien.
Mais quoi de plus négatif que la gestion collective des ressources humaines si elle conduit à nier les différences, à gérer l’ensemble des salariés à l’identique et donc à entretenir les organisations bureaucratiques que les 30 glorieuses nous ont léguées ? D’autant que cette gestion collective peut aussi conduire à la manipulation et à une dérive de type sectaire, comme l’illustrent certaines entreprises à la culture forte.
Alors, individuelle ou collective, la GRH qu’il nous faut construire demain ? Refusant d’opposer les deux approches, certaines entreprises tentent une synthèse. D’une part, elles travaillent à la personnalisation de leur GRH, en veillant à objectiver les approches mises en place. D’autre part, elles veillent à inscrire cette personnalisation dans un projet collectif que les salariés ont élaboré ensemble.
Cette démarche revient à positionner la performance d’un collaborateur comme contribution à un projet partagé. Elle répond à la fois à la volonté d’équité et au besoin de sens. Elle est donc efficace sur le plan humain, mais aussi sur le plan économique, comme le démontrent les entreprises qui sont dans cette logique.
Sur un plan strictement économique, nous sommes sortis de la crise, tous les indicateurs en témoignent. Reste dans nombre d’entreprises à faire les choix RH qui accompagneront cette nouvelle page de leur histoire.
AVRIL 2011 - DECLINER LA STRATEGIE BUSINESS EN PRATIQUES RH : DU DISCOURS AU CONCRET
Parions que les propos sur le « caractère stratégique des ressources humaines » vont refleurir au fur et à mesure que s’amélioreront les résultats des entreprises. Tarte à la crème du langage managérial, ce discours permet d’adresser aux salariés un message positif à bon compte. Certains dirigeants le pratiquent comme une figure de style et un passage obligé. D’autres en sont convaincus… sans que les actes suivent. Et de moins en moins nombreux sont leurs collaborateurs qui, au vu de ce qu’ils vivent au quotidien, croient à de telles déclarations de principe.
Et pourtant ! Des entreprises montrent qu’il est possible de mettre en œuvre une approche concrète, pragmatique, organisée, faisant de la dimension humaine un levier de leur développement. Elles ont construit une réponse structurée à une question : « De quelles pratiques RH avons-nous besoin pour mettre en œuvre notre stratégie Business ? »
En apparence, l’exercice est simple. La démarche globale consiste à décliner sur le plan RH le projet stratégique de l’entreprise. Le point de départ est constitué du positionnement ciblé par l’entreprise sur son marché et de ses facteurs de différenciation par rapport à ses concurrents, de ses axes stratégiques ainsi que de ses priorités de développement en termes de produits, de marchés ou de positions géographiques. C’est en détaillant ces éléments, puis en les croisant avec les différentes dimensions RH qu’il est possible de définir l’identité que l’entreprise doit développer sur le plan RH pour servir son projet stratégique, et donc d’identifier où elle doit investir en priorité dans le domaine RH.
Prenons un exemple : les dirigeants de Danone l’ont souligné à maintes reprises, le premier facteur de différenciation de ce groupe est la vitesse. Lorsque ses concurrents mettent plus d’un an pour passer d’un concept innovant à un produit disponible dans les rayons, il ne faut que 6 mois à Danone. Pour permettre ce positionnement, Danone a mis en place une organisation décentralisée, privilégiant le principe de subsidiarité et la prise de décision au plus bas niveau, retravaillant chacune de ses politiques RH pour valoriser l’autonomie et la prise d’initiative de ses salariés. Dans son enquête d’opinion interne, c’est cette dimension qui est mise en avant par les collaborateurs comme le premier facteur d’attractivité de Danone en tant qu’employeur.
Dans les faits, une démarche de ce type se heurte à plusieurs obstacles : elle suppose que les choix stratégiques de l’entreprise sont définis et stabilisés. Elle nécessite que la fonction RH veuille investir ce terrain, qu’elle sache « sortir le nez du guidon » et imposer sa légitimité sur ce terrain, puis qu’elle maîtrise les savoir-faire nécessaires. Ceci alors que, dans l’entreprise ou dans le monde de la recherche, les hommes de stratégie et de RH travaillent rarement ensemble.
Approche plus classique et répandue, cet exercice de déclinaison peut être appliqué aux compétences et aux métiers, en mettant en œuvre une démarche de GPEC. Avec un bémol : nous ne parlons pas ici de l’exercice formel pratiqué du fait de l’obligation légale et centré sur les relations sociales. Mais bien des impacts des choix stratégiques de l’entreprise et des évolutions de son environnement sur les compétences requises dans le futur. Du fait de sa pertinence, le travail de déclinaison de la stratégie à 5 ans en conséquences sur les métiers réalisé par American Express en France a ainsi été repris dans l’ensemble des pays où ce groupe est implanté (y compris aux Etats-Unis, pourtant peu familiers avec ce type de démarche.)
La stratégie Business peut enfin être déclinée au niveau du management. On ne le répétera jamais assez : il n’existe pas de pratiques de management qui soient bonnes dans l’absolu, quelle que soit l’entreprise, mais seulement des pratiques dont elle a besoin pour déployer son projet stratégique. Ainsi, Le changement de business model de PagesJaunes a conduit ce groupe à redéfinir sa stratégie en 2010, puis à traduire ces transformations en attentes concrètes vis-à-vis de ses managers. Leur capacité à « Décider, agir et réagir rapidement » est par exemple devenue primordiale pour que l’entreprise puisse basculer vers l’ère internet.
De même la capacité à « Accompagner ses collaborateurs en difficulté » a été identifiée comme essentielle au vu de l’ampleur des transformations engagées.
Procéder à ce travail de déclinaison de la stratégie business, que ce soit de façon globale pour définir l’identité employeur que doit cibler l’entreprise, ou que ce soit en se centrant sur les compétences ou sur le management, permet d’orienter les pratiques de gestion des hommes vers la mise en œuvre du projet stratégique. Cette approche présente un second intérêt : en explicitant les articulations entre stratégie et pratiques RH et de management, elle permet à ceux qui ont à les faire vivre au quotidien de comprendre leur Pourquoi. Elle introduit du sens dans la GRH qui n’est plus alors vécue par les managers et les collaborateurs comme constituée de contraintes désincarnées ou de processus à respecter, mais comme le moyen de contribuer effectivement à l’implémentation de la stratégie.
MARS 2011 - LES 3 ETAGES DE LA FONCTION RH
A quoi sert la fonction RH ? Sur quelles activités doit-elle mettre l’accent et où positionner son centre de gravité ? La réponse varie selon les entreprises.
A l’origine même de ce métier, une nécessité : garantir que l’entreprise peut fonctionner sans à-coups. Les collaborateurs doivent être payés et administrés, des relations sereines doivent être assurées avec les partenaires sociaux. La légitimité des RH trouve alors sa source dans la paix sociale. Toutes les entreprises travaillent ce « premier étage » de la fonction, sans lequel rien ne peut fonctionner : il s’agit en quelque sorte des pré-requis.
Mais certaines entreprises en sont restées à ce stade. D’autant que depuis quelques années, les interventions du législateur, transformant en obligation de négocier tout sujet poussé par l’opinion publique, contribuent à ramener les entreprises à ce niveau.
S’il faut bien sûr assurer ces obligations, ce n’est pourtant pas là que la fonction RH crée de la valeur. Or ses priorités, ses effectifs, ses moyens restent souvent concentrés sur ce premier étage, dans une logique de « pyramide inversée. » La seule approche qui vaille sur ces activités est la recherche d’efficience. Ainsi, entre 2007 et 2010, la DRH de France Télévisions a-t-elle fait migrer 150 postes centrés sur la paie, l’administration et les relations sociales vers des activités de développement RH et de présence terrain.
En se professionnalisant dans chacun des processus RH, la plupart des entreprises ont construit un deuxième étage. Le renforcement de ces expertises est indispensable pour que les choix RH de l’entreprise impactent concrètement le quotidien des collaborateurs. Mais ces processus, de même que les outils qui en découlent, ne sont que des moyens. Ils doivent être instrumentalisés par l’entreprise. L’expertise ne constitue pas une fin en soi, même quand elle permet de construire un « mieux-disant social ».
Trop rares encore, des entreprises ont mis en place un troisième étage sur la base des deux premiers. Au-delà des pré-requis et des moyens experts, elles ont décliné leur stratégie business en choix et projets RH, en répondant concrètement à une question : « De quelles pratiques RH avons-nous besoin pour mettre en œuvre la stratégie de l’entreprise ? » Mieux, elles alimentent l’évolution de cette stratégie en veillant à ce que soient pris en compte les atouts humains de l’entreprise : ses compétences rares ou certains de ses traits culturels, par exemple.
En nourrissant la mise en œuvre du projet stratégique, voire son contenu, la fonction RH tire alors sa légitimité de la valeur qu’elle crée et de son impact sur les résultats économiques de l’entreprise. Articulés à la stratégie, les projets RH et les pratiques promues prennent tout leur sens pour les managers qui ont à les porter.
Alors pourquoi tant d’entreprises en restent-elles au deuxième étage ? Tout simplement parce que construire en addition le troisième étage suppose de dépasser plusieurs obstacles. Le premier est dans le « comment » : rares sont les DRH confortables avec cet exercice de déclinaison de la stratégie. D’autant que parfois, l’entreprise n’a pas défini ou formalisé cette stratégie. La tâche du DRH est alors de pousser les dirigeants à préciser ces choix pour pouvoir ensuite les décliner. Autre difficulté, et non la moindre, la fonction RH est rarement attendue sur ce terrain, et fréquents sont les dirigeants qui, lorsqu’elle s’y aventure, la renvoie à ses processus. Rien qui ne soit indépassable avec de la volonté et le recours éventuel à une expertise externe.
FEVRIER 2011 - VIE, MORT ET RESURRECTION DU "DRH BUSINESS PARTNER"
Dans la dernière période a émergé une critique forte du positionnement du DRH en tant que «Business Partner», portée aussi bien par des DRH de grands groupes que par des acteurs influents comme Entreprise & Personnel. Dès son apparition, cette notion avait été challengée sous un angle : le DRH n’est pas à côté du business, il est dedans. Il n’est pas un « Business Partner », mais un « Business Player. » Elle est aujourd’hui remise en cause car ayant conduit dans certaines organisations à une inféodation de la fonction RH aux besoins opérationnels court terme.
Pourquoi ce positionnement a-t-il émergé à la fin des années 90 ? La période qui avait précédé avait été marquée par un renforcement du professionnalisme et de la technicité de la fonction RH, dans chacun des processus dont elle est porteuse. Ce développement de l’expertise était indispensable. Rappelons-nous par exemple des méthodes ésotériques encore utilisées par certains à cette époque là en recrutement, des « démarches catalogue » généralisées en formation, des tâtonnements et des risques pris par rapport à la législation sociale. Développer le niveau d’expertise dans chacune des fonctionnalités RH répondait à un véritable besoin pour l’entreprise.
Cette évolution a néanmoins conduit à une dérive : faire de la technique la finalité même de l’intervention des responsables RH. « Rien n’est plus énervant et inefficace que l’approche du service formation du Groupe. Ils n’ont à la bouche que leurs méthodes pédagogiques nouvelles, que leurs outils de pointe et que leurs évaluations en situation. Alors que moi je leur parle de besoins concrets » exprimait encore récemment le DG France d’un groupe de biens d’équipement.
C’est en réaction à une fonction RH dont la source de légitimité s’était réduite à une expertise technique déconnectée des enjeux de l’entreprise qu’a émergé la notion de DRH Business Partner. Elle a conduit de nombreuses entreprises à réorganiser la fonction, avec d’un côté des RH business partners, sur le terrain, hiérarchiquement rattachés aux responsables opérationnels, de l’autre des centres de services partagés dans lesquels était mutualisé le support « technique » apporté pour chacun des processus RH aux RH business partners.
C’est là qu’intervient la dérive aujourd’hui critiquée d’une fonction RH centrée sur les besoins immédiats des opérationnels, sans projet autre que de répondre aux demandes immédiates, allant parfois jusqu’à oublier les règles éthiques dont elle est porteuse par essence. Une fonction inféodée, ayant renié son âme.
Certes, aucun responsable RH ne peut se satisfaire de ce positionnement. Faut-il pour autant jeter le bébé avec l’eau du bain et revenir aux logiques anciennes ? Faut-il cautionner les pratiques existant encore dans certaines entreprises, dans lesquelles la déconnexion entre la fonction RH et les logiques opérationnelles est restée forte ?
Lorsque la fonction RH est centrée sur sa technicité, elle est déconnectée des enjeux réels et ne crée pas de valeur. Lorsqu’elle est inféodée aux logiques opérationnelles, elle n’apporte pas non plus de valeur ajoutée. Or, comme toute fonction, la fonction RH doit avoir pour finalité de créer de la valeur et d’impacter les résultats de l’entreprise, idéalement dans la durée. Quel doit alors être son positionnement ?
L’activité et le positionnement de la fonction RH doivent répondre à deux déterminants, tout aussi importants l’un que l’autre, et qui doivent être croisés :
- Une grille de lecture : le projet RH de l’entreprise, articulé avec sa stratégie business et alimenté des fondamentaux liés à la culture. C’est cette grille qui donne du sens à l’action RH. C’est elle qui justifie la temporalité de l’action RH, le fait qu’elle soit garante du moyen et long terme.
- Un ancrage : les réalités opérationnelles. Ce qui est réellement vécu par les collaborateurs et les managers, sur le terrain. Ce qu’il s’agit effectivement d’impacter dans le sens du projet.
N’être que sur le premier déterminant, comme le DRH technicien, c’est prendre le risque de n’aborder le monde réel qu’à travers les outils et la technique. N’être que sur le second, comme certains DRH Business partners, c’est renoncer à toute ambition. Dans les deux cas, la fonction RH ne crée aucune valeur.
Articuler ces deux déterminants suppose un projet RH formalisé à partir de la stratégie de l’entreprise et partagé, une organisation RH qui combine présence terrain et animation forte sur du contenu, mais aussi un travail sur les postures de la fonction RH au quotidien.
Et puis rien n’interdit d’être créatif, comme cette enseigne de la distribution dans laquelle la DRH a intégré dans son périmètre un magasin, devenu son laboratoire pour expérimenter les évolutions de contenu des formations et des métiers.
JANVIER 2011 - 2011, ANNEE 1 POUR TOUT REINVENTER ?
En cette fin 2010, les discours sur la sortie de crise se sont multipliés. Pourtant, la plupart des DRH sont toujours au fond de la mine : réorganisations, ajustement des effectifs et réduction des coûts constituent leur quotidien. Ce que chacun vit dans son périmètre est confirmé par le dernier baromètre de Liaisons Sociales : « maîtriser les coûts opérationnels » est la préoccupation de 84% des DRH, tout comme « conduire le plan de restructuration » est encore celle de 52% d’entre eux.
Dans cette situation, les salariés de nos entreprises font le gros dos. Avis de tempête à l’extérieur et difficultés de leur entreprise se conjuguent pour renforcer le sentiment d’insécurité et les pousser à la prudence, voire à la passivité.
Dans de très nombreuses entreprises, ces années de crise auront mis à mal l’engagement des collaborateurs. Au plus bas, le plaisir de « se lever le matin pour aller travailler », la capacité à se mobiliser, à s’investir et à se dépasser au quotidien, l’aptitude à traduire une envie par des actes.
Ceci alors que le développement du travail du savoir, dans lequel le salarié n’est plus un exécutant mais traite de l’information, gère la relation et dispose de marges de manœuvre, donne à l’engagement une valeur inestimable : beaucoup plus qu’hier, il conditionne directement la performance de l’entreprise. Nous le vivons au quotidien, et de nombreuses études, notamment aux Etats-Unis, ont confirmé la corrélation directe entre engagement et performance.
L’enjeu premier pour toute entreprise en ce début 2011 consiste à recréer cette spirale vertueuse par laquelle l’épanouissement au travail génère de l’engagement au quotidien, engagement qui relance la performance. En la matière, tout est à réinventer dans de nombreuses entreprises.
Cinq directions de travail émergent dans les entreprises qui se caractérisent par un niveau d’engagement élevé, parmi celles qu’Identité RH accompagne :
Développer une identité employeur sur la base de ce qui nourrit la mise en œuvre de la stratégie business. Ainsi Egis, groupe d’ingénierie des transports, est vécu par ses salariés comme un employeur de référence en matière de développement des compétences. Or c’est sur la qualité de son expertise qu’il fait la différence chez ses clients. Danone, dont les dirigeants considèrent que le premier facteur de réussite par rapport à ses concurrents est la vitesse, a fait de l’autonomie de ses collaborateurs et de leurs marges de décision le premier levier d’engagement.
Construire avec les collaborateurs un projet mobilisateur. C’est la totalité de ses salariés que Kiabi aura sollicité en 2010 pour construire sa Vision, avec désormais le sentiment unanime de vivre une aventure commune et son corollaire : un niveau d’engagement hors norme et la performance qui en découle. Dans un monde qui en est singulièrement dépourvu, réintroduire des éléments de Sens répond à une aspiration profonde. Si la dimension collective est la pire des choses dans l’entreprise quand elle signifie indifférenciation, bureaucratie ou corporatisme, elle peut être la meilleure quand elle renvoie aux coopérations nées d’un projet partagé.
Personnaliser la gestion des Hommes. « Je ne veux pas être géré comme la partie d’un tout » nous disent ceux qui arrivent dans le monde du travail. L’enjeu pour l’entreprise est de créer les conditions pour que les talents de chacun puissent s’exprimer, ce qui suppose d’adapter les pratiques RH et managériales à la personne, dans le cadre de process communs. La démarche mise en œuvre par Lacoste pour ses directeurs de boutique va par exemple dans ce sens et s’appuie notamment sur une évaluation objectivée des compétences de chacun. Dans l’entreprise, la dimension individuelle peut être la pire des choses lorsqu’elle signifie mise en concurrence des salariés et affaiblissement du lien social. Elle peut être la meilleure des choses quand elle renvoie à la prise en compte objectivée et équitable des caractéristiques et de la contribution de chacun.
Accompagner la montée en puissance des managers. L’engagement est de nature individuelle, il se construit dans la proximité. Et de fait, la plupart des leviers de l’engagement d’un collaborateur sont entre les mains de son manager. D’où la nécessité de clarifier et d’expliciter les attentes concrètes de l’entreprise vis-à-vis de ces managers, puis de mettre en œuvre les moyens permettant de les développer. Des entreprises aussi différentes que PagesJaunes et Lesaffre ont ainsi construit récemment leur « référentiel de management », à partir de leur stratégie et avec les intéressés. Cette cible détaille jusqu’aux situations concrètes les responsabilités confiées à leurs managers et les comportements attendus d’eux.
Positionner la DRH sur le terrain. Le contenu de ces projets montre en effet que l’enjeu pour les équipes RH en 2011 ne relève pas d’abord d’une quelconque technicité dans les process qu’elle gère, mais en premier lieu de leur compréhension de la réalité : compréhension des collaborateurs bien sûr, mais aussi compréhension des enjeux opérationnels et stratégiques de l’entreprise. Ce qui suppose d’être sur le terrain.
A défaut de travailler sur ces projets, c’est une autre forme d’engagement que générera la sortie de crise, sous forme de mobilisation contre l’entreprise. Celui que Stéphane Hessel décrit dans un opuscule qui fait actuellement un tabac en librairie comme découlant de « la capacité d’indignation, source de l’engagement. »
DECEMBRE 2010 - RENFORCER LA LEGITIMITE DE LA FONCTION RH SUR LES QUESTIONS DE MANAGEMENT
(Article de Gilles Verrier paru dans la revue Personnel)
La cause est entendue : de très nombreuses entreprises ont un souci quant à la qualité de leurs pratiques de management. Leurs dirigeants ont le sentiment de ne pouvoir s’appuyer sur les managers de proximité pour conduire l’entreprise. Ils estiment les managers insuffisamment impliqués dans les changements impulsés. Ils ont peu de remontées du terrain de la part de ces managers, dont ils ont le sentiment qu’ils se concentrent sur la dimension technique de leur métier au détriment de sa dimension managériale. Quant aux collaborateurs, leur insatisfaction vis-à-vis de leurs managers de proximité est régulièrement mise en lumière par les enquêtes d’opinion internes. Diverses études ont confirmé que le premier motif de démission était à rechercher dans la relation avec le manager direct. Une part croissante des conflits collectifs naissent d’un problème local de management, selon le Ministère du Travail. Pris en tenaille entre les attentes de leur Direction et celles de leurs collaborateurs, les managers sont en difficulté. En « off », ils expriment souvent de la souffrance face à cette situation. Seule une minorité estime que leurs difficultés sont prises en compte par l’entreprise. De plus en plus souvent, des profils à potentiel refusent les responsabilités de management et privilégient les parcours d’experts. Il y a donc urgence pour l’entreprise à agir et à développer de bonnes pratiques de management.
Avec une question centrale : que faut-il entendre par « bonnes pratiques de management » ? Dans les entreprises dans lesquelles j’interviens, je suis porteur d’une conviction : l’enjeu majeur pour l’entreprise en matière de management est de mettre en œuvre les pratiques dont elle a besoin pour faire vivre sa stratégie business. Et ce, quel que soit le nom que l’entreprise donne à cette stratégie : plan stratégique, projet, vision, plan moyen terme, déclinaison du business model, positionnement concurrentiel cible, etc.
Cette approche a une conséquence : les pratiques de management à développer sont différentes selon les entreprises. Lorsque vous vous appelez Danone et que votre facteur de différenciation par rapport à vos concurrents sur vos marchés est la vitesse, comme l’affirment les dirigeants de ce groupe, vous vous devez de développer l’autonomie et la prise d’initiative de vos salariés à tous niveaux et donc de construire les pratiques de management correspondant : animer sur le résultat, valoriser et reconnaître l’initiative, renforcer les marges de manœuvre. A contrario, dans une entreprise comme Décathlon, qui a bâti son identité employeur sur un modèle économique low cost et sur le développement de l’expertise de juniors par leurs managers, ceux-ci doivent animer sur le « comment » et être aux côtés de leurs collaborateurs sur le terrain au quotidien. Ce qui est attendu du manager de Danone est aux antipodes des pratiques que le manager de Décathlon doit porter, du fait des positionnements stratégiques respectifs de ces deux entreprises.
Ce constat nous amène très loin de l’idée d’un modèle managérial unique (voir l’étude APEC « Vers un modèle managérial unique ? » publiée en juin dernier) et des recettes stéréotypées de la littérature managériale. Il conduit à revisiter ce que peut être l’approche d’une direction des ressources humaines en la matière.
Trop souvent, la légitimité de la fonction RH n’est basée que sur la technicité qu’elle a développée dans chacun des process RH : recrutement, formation, carrières, relations sociales, etc. Positionnée comme fonction support, c’est son professionnalisme dans ces différents domaines qui fonde sa contribution au fonctionnement de l’entreprise. Ces expertises sont bien sûr utiles, mais elles ne sont pas suffisantes pour apporter une réelle valeur ajoutée en matière de management. Se limiter à cette conception de la fonction RH « fonction experte », c’est approcher le management comme universel, se limiter souvent à envoyer les managers suivre des formations au contenu standardisé, et au final considérer que les outils de la fonction RH constituent une fin en soi. A contrario, la fonction RH construira une légitimité pleine et entière si elle met en œuvre une approche permettant d’articuler stratégie de l’entreprise et pratiques de management.
Une fois ces éléments posés, reste à définir le chemin pour y parvenir : comment procéder pour dépasser les beaux discours sur le caractère stratégique de la fonction et son intégration au business, et transformer en profondeur les pratiques de management de manière à ce qu’elles servent la stratégie de l’entreprise ?
La première étape consiste à décliner le projet stratégique de l’entreprise en un cadrage managérial. Il s’agit à ce stade de traduire avec les dirigeants de l’entreprise les différentes composantes du projet de l’entreprise en responsabilités confiées à ses managers ou en comportements attendus d’eux. C’est ainsi qu’Egis, groupe d’ingénierie des transports reconnu sur ses marchés pour son positionnement qualité, considère de ce fait que la responsabilité première de ses managers est de porter le renforcement et la diffusion de ces expertises différenciantes au sein de leurs équipes. Cet autre groupe, poids lourd de la publicité sur internet, engagé dans une démarche de décentralisation sans précédent pour renforcer sa réactivité, met désormais l’accent sur le principe de subsidiarité et le développement par les managers de la responsabilité de leurs collaborateurs. Dans le référentiel de management construit par cette entreprise en mai-juin 2010, la capacité à « responsabiliser ses collaborateurs » apparaît en tête des huit compétences à maîtriser par tout manager.
A l’issue de cette première étape, l’entreprise dispose du cadrage stratégique au sein duquel doivent s’inscrire les pratiques de management. Dans cette démarche, les directions des ressources humaines peuvent se heurter à plusieurs difficultés : elles n’ont pas toujours le savoir-faire nécessaire pour mener une démarche de ce type. Elles ne sont pas attendues sur ce terrain. La réflexion stratégique de l’entreprise est parfois incomplète et il peut être délicat pour un acteur interne que de pousser les dirigeants de l’entreprise à la finaliser ou à la formaliser.
La suite de la démarche consiste à illustrer ce cadrage avec des situations de management observables dans l’entreprise et correspondant à ce que peuvent vivre au quotidien les managers, afin de faire de cette cible managériale un outil opérationnel et concret. Associer les managers de proximité en leur faisant produire eux-mêmes ces situations à partir de bonnes pratiques vécues par eux permet de coller à leur réalité et de développer l’appropriation du résultat produit. C’est ainsi que cette entreprise de l’agro-alimentaire, après avoir décliné de sa stratégie la nécessité pour ses managers « d’objectiver leur management » a traduit cette compétence en plusieurs situations observables dont, par exemple : « Quand le manager exprime son appréciation des situations et des personnes, il rappelle les faits précis qui se sont déroulés et s’en tient à ces faits. »
A ce stade, l’entreprise a donc produit un descriptif concret des compétences managériales que ses managers devront mettre en œuvre au quotidien pour que vive la stratégie : « cible managériale », « référentiel des compétences managériales » ou « charte du management », peu importe l’intitulé retenu.
Les étapes suivantes sont plus classiques : construire tout d’abord les outils permettant à chaque manager d’être évalué par rapport aux compétences identifiées. Avec différentes approches possibles : de la plus soft, l’autoévaluation par l’intéressé de ses pratiques par rapport à la cible, à la plus engageante, de type 360°, en passant par l’utilisation du référentiel dans le cadre de l’entretien annuel. Mettre en place ensuite l’offre de développement qui permettra à chaque manager de réduire l’écart entre son profil et la cible à atteindre, en veillant à ne pas considérer la formation comme la seule réponse possible.
C’est en menant l’ensemble de cette démarche que la DRH mettra en mouvement ses managers. Dans cette entreprise du secteur des assurances qui a initié une démarche de ce type en 2007, le taux d’appréciations positives portées par les collaborateurs sur les managers a progressé de 28% entre les deux éditions de l’enquête d’opinion interne, menée en 2006 et 2009. Elle affiche par ailleurs une croissance à deux chiffres, malgré la crise.
Comme celle de tout autre acteur de l’entreprise, la légitimité de la fonction RH ne se décrète pas : elle se construit et se démontre dans le concret, elle est une résultante de l’action. En mettant en œuvre une telle démarche, la fonction RH permet à l’entreprise de développer les pratiques de management dont celle-ci a besoin pour déployer sa stratégie. Elle s’affranchit de la conception techniciste d’une fonction qui resterait centrée sur ses expertises, dans laquelle sa légitimité à s’occuper de management serait questionnable. Elle replace les process et les expertises au rang de moyens au service de l’activité de l’entreprise. En ce sens, elle n’est plus une fonction support, mais une fonction qui prend toute sa place dans la chaîne de création de valeur, puisque son intervention a un impact direct sur les résultats de l’entreprise. Et là, sa légitimité sur le terrain du management devient entière.
Peu importe ensuite qu’on parle de « Business Partner », de « Business Player » ou qu’on utilise un autre terme, avec notre propension bien française à débattre indéfiniment du sens donné aux mots. En articulant stratégie business et management des hommes, la fonction RH a en quelque sorte réintroduit… le « chaînon manquant. »
NOVEMBRE 2010 - LE STATU QUO, RISQUE MAJEUR
Toute organisation connaît durant ses premières années d’existence une phase pionnière : créée et développée sur la base d’un projet porteur et partagé par ceux qui la composent, l’entreprise est portée par une véritable dynamique, alimentée par les synergies entre ses différents acteurs. Cette période marque les esprits et reste perçue par ceux qui l’ont vécue comme l’âge d’or de l’entreprise.
A l’issue de cette phase, l’évolution est souvent la même, faute de démarche proactive des dirigeants pour éviter cette dérive : avec le temps, les éléments de Sens s’érodent. L’entreprise vit alors une forme de démobilisation, voire de démotivation. Les acteurs se figent dans leurs rôles respectifs et les antagonismes apparaissent. Les partenaires sociaux occupent le terrain, portant une logique de négociation permanente, plus ou moins dure, pour peser sur la répartition. Ce dernier phénomène trouve souvent un terreau fertile dans le manque de prise en compte et de reconnaissance ressenti par le corps social, alimenté par des modes de fonctionnement de l’entreprise qui se figent.
Dans cette situation, après des tentatives ponctuelles et infructueuses de réforme, centrées sur les partenaires sociaux, le sentiment dominant chez les dirigeants relève du fatalisme. D’autant que les grandes organisations victimes de cette situation et qui ont voulu la modifier s’y sont elles aussi souvent mal pris et ont connu des échecs. Le choix fait alors par ces dirigeants est de maintenir une forme de statu quo, en tentant de « limiter la casse. »
Mais il s’agit d’un équilibre instable, qui ne peut pas être maintenu dans la durée. Les dirigeants qui sont porteurs de ce choix se mettent en risque. Risque de perte d’efficacité économique pour l’entreprise tout d’abord. Risque de crise sociale majeure, ensuite, qui peut intervenir à tout moment. Risque de ne pouvoir masquer alors leur défaut d’intervention.
L’autre voie qui leur est ouverte est celle de la sortie par le haut, en réformant en profondeur leur entreprise. L’analyse des organisations qui ont fait ce choix permet de distinguer plusieurs axes de transformation, qui peuvent être combinés entre eux :
- Redonner du sens. Il s’agit d’initier une démarche de reconstruction d’un projet mobilisateur de l’ensemble des forces de l’entreprise. Les organisations qui ont les niveaux les plus élevés d’adhésion et d’engagement de leurs collaborateurs sont celles qui savent leur faire vivre une aventure partagée. Kiabi, entreprise en grande difficulté sur les plans économique et social dans la première moitié des années 2000, a mené une véritable révolution culturelle sur la base d’une « Vision » construite avec l’ensemble des acteurs de son corps social. Cette démarche a généré une renaissance économique de cette entreprise, aujourd’hui une des plus dynamiques de son secteur malgré la crise.
- Recentrer l’action de l’entreprise sur le client. Les situations figées décrites ci-dessus découlent d’une perception de l’entreprise centrée sur elle-même, sur ses enjeux internes, sur les jeux de pouvoir entre les forces la composant. Renforcer la place du client dans les priorités des acteurs permet de déplacer le centre de gravité de l’entreprise et de casser cette logique. En menant un « chantier clients » qui a bouleversé les modes de fonctionnement et les représentations de ses salariés, cette entreprise de l’agro-alimentaire a transformé en quelques mois son site industriel de Nantes, véritable poudrière sociale, en un outil performant et mobilisé sur les bons enjeux.
- Travailler la qualité de ce que vit le salarié au quotidien pour assécher le terrain de jeu des forces poussant au conflit. Lorsque les partenaires sociaux détiennent un pouvoir important, l’erreur classique consiste à se centrer sur eux. Alors que c’est en traitant ce que vivent les salariés dans leur activité que, petit à petit, ce pouvoir s’asséchera, faute de grain à moudre. Après avoir négocié pendant des années sur de multiples sujets avec ses organisations syndicales, sans réduction significative de la conflictualité, Mc Donald’s France s’est focalisé à partir de 2002 sur la qualité de vie au travail des salariés de ses restaurants. Cette entreprise fait aujourd’hui partie de la tête du classement « Great place to work », ne connait plus de conflits récurrents, les organisations syndicales étant de fait recentrées sur leurs prérogatives légales.
- Développer le rôle du manager. Les organisations portées par une dynamique sont caractérisées par le rôle proactif de leurs managers de proximité. Retravailler les responsabilités assurées par le manager et les comportements qu’il met en œuvre permet de modifier les rapports de force internes. Alors que son fonctionnement était sclérosé du fait des modèles anciens, PagesJaunes a mené avec succès ces 18 derniers mois la mutation en profondeur de son business model, de l’imprimé à internet, en déclinant de sa stratégie le référentiel des compétences managériales à mettre en œuvre et en élargissant considérablement leur rôle dans ces transformations.
Un autre résultat est à noter : dans les enquêtes d’opinion des salariés menées par ces 4 organisations, chacune a obtenu à l’issue de ces projets un taux de collaborateurs indiquant être fiers de travailler pour leur entreprise supérieur à 90%, pour une moyenne en France de 70%.
Tous les projets décrits ci-dessus ont un facteur de succès commun : ils ont été initiés en partant des salariés, de leurs perceptions, de leurs représentations de la réalité et de leurs attentes. Ils ont été menés en les associant et en les impliquant. A défaut, la démarche serait restée purement descendante et donc artificielle. Comme, par exemple, les projets de cette grande entreprise publique sur le développement d’une culture clients, menés à l’origine avec une approche top-down, et ne rencontrant alors jamais une aspiration pourtant très présente chez ses salariés : le plaisir du contact et de l’échange et le goût de rendre service, première motivation dans le choix initial de leur métier.
L’analyse a posteriori des entreprises qui ont mené à bien ce type de transformation montre que les dirigeants qui ont eu la lucidité de les initier et l’habilité de bien les conduire sont doublement reconnus : par le corps social de l’entreprise certes, pour lequel il y clairement un avant et un après, mais aussi par leurs mandataires, maison-mère ou actionnaires.
OCTOBRE 2010 - QUELQUES CLES POUR MIEUX GERER LES SENIORS
Comme sur de nombreux sujets (la GPEC, les risques psychosociaux…), l’entreprise s’est vue contrainte par la puissance publique de négocier sur les seniors. Le résultat en découle : une étude présentée à Sciences Po par BearingPoint le 23 septembre dernier démontre que seules 23% des entreprises ont mené des actions ou expérimentations dans ce domaine, pour… 74% qui ont négocié un accord. L’obligation formelle a été respectée, mais en la vidant de son contenu la plupart du temps.
Face à une obligation de ce type, l’entreprise a deux attitudes possibles. Soit elle s’exécute parce qu’elle n’a pas le choix, adopte une attitude défensive avec pour objectif de gérer le risque légal et de réduire la contrainte pesant sur elle. Face à l’obligation, elle est alors dans l’attitude du boxeur. Elle en fait un objet de relations sociales, avec comme acteur central les partenaires sociaux. Soit elle se saisit de cette obligation pour en faire une opportunité, en approchant le sujet pour au bout du compte impacter positivement la performance de l’entreprise. Face à l’obligation, elle est alors dans l’attitude du judoka. Elle en fait un objet de développement des RH source de performance économique, avec comme acteur central le corps social et en particulier les intéressés eux-mêmes, en l’occurrence les seniors.
Faire ce second choix, rare au vu des résultats de l’étude citée, suppose que mieux gérer les seniors soit un véritable enjeu pour l’entreprise, et pas seulement pour les équilibres économiques nationaux ou pour l’opinion publique. A ce stade, deux remarques : les seniors ont désormais une « durée de vie » dans l’entreprise de 15 à 20 ans. Leur entreprise peut-elle se satisfaire pendant toutes ces années d’une absence de gestion active de ces populations qui conduirait à sous-utiliser ce qu’ils peuvent apporter ? Par ailleurs, au fur et à mesure que nous sortirons de la crise, les pénuries de compétences liées aux évolutions démographiques se feront à nouveau sentir : au vu des effectifs des classes d’âge attendues sur le marché du travail, la France formera dans 10 ans 15% de jeunes diplômés en moins (étude publiée par le Ministère de l’enseignement supérieur en décembre 2008.) L’entreprise peut-elle, dans ce contexte, ne pas capitaliser sur ses seniors ? C’est pour faire face aux pénuries d’ingénieurs dans son secteur qu’un groupe comme Egis a initié un certain nombre de projets visant à capitaliser sur ses expérimentés.
Mieux gérer les seniors suppose tout d’abord de les comprendre. Dans l’entreprise, les dirigeants, la DRH, les managers ont le sentiment de connaître les seniors. Pourtant l’ensemble des processus, des représentations et des modes de fonctionnement ont été construits pour une autre population, la partie vue comme « évolutive » du corps social. L’entreprise gère ses seniors avec une approche qui n’a pas été conçue en les prenant en compte. Pour corriger ce biais, la première étape consiste à s’interroger sur les modes de fonctionnement des seniors, sur leurs logiques et sur leurs moteurs. Ce qui passe par l’écoute et par le dialogue avec eux. Ce que nombre d’entreprises ont fait pour la génération Y, pourquoi ne pas le faire avec les seniors ? Cette approche est indispensable pour que l’entreprise puisse gérer les seniors non pas « comme les autres », ainsi que l’affichait un groupe du CAC 40 pour promouvoir son accord, mais aussi bien que les autres.
Une fois cette démarche réalisée, c’est l’ensemble des process RH qui doivent être revisités. En matière de gestion des parcours, il s’agira de sortir de la logique selon laquelle gérer une carrière, c’est promouvoir au niveau N+1. Et de raisonner en intégrant les évolutions horizontales, les logiques d’élargissement des postes, de passerelles entre des fonctions différentes mobilisant des compétences communes. Tout ce qui a déjà été fait en matière de gestion des carrières des experts, par exemple par les grandes entreprises du médicament pour leurs chercheurs, est de fait transposable sur les populations seniors.
Pour ce qui est de la politique de rémunération, l’enjeu seniors pourrait enfin permettre à l’entreprise de tuer tout lien, formalisé ou pas, entre rétribution et ancienneté, puisqu’il introduit un biais dans la seule articulation à privilégier : celle entre rémunération et contribution effective de la personne ou de l’équipe.
En matière de formation, l’entreprise ne peut plus en rester à la seule transmission par les seniors aux autres populations : celle-ci avait tout son sens quand la durée de vie des seniors dans l’entreprise était d’un ou deux ans, elle n’en a plus quand elle est de 15 à 20 ans. D’autant qu’avec les technologies de l’information et de la communication, il y a pour partie inversion de ces logiques d’apprentissage entre les générations, les Digitale Natives ayant autant à apprendre aux seniors que les expérimentés ont à partager avec les nouveaux. Un groupe comme PagesJaunes, confronté à la bascule de son activité de l’imprimé vers internet, est ainsi engagé dans un processus de développement des seniors par les embauchés les plus récents.
Une dernière piste : l’entreprise gagnerait à s’appuyer sur tout ce qui a été produit et mis en œuvre dans un domaine très différent, le management interculturel, en l’adaptant pour pouvoir le transposer à la coopération intergénérationnelle, qui constitue également un véritable enjeu de la gestion des seniors.
Ces quelques clés illustrent une réalité : pour l’entreprise, le fait de prendre à bras-le-corps cette question des seniors peut constituer une opportunité pour dépasser les approches RH élitistes en apprenant à « gérer les talents »… de tous !
SEPTEMBRE 2010 - ELOGE DE LA BIENVEILLANCE
Le débat public de ces mois d’été l’a encore illustré : nous vivons aujourd’hui dans une société dans laquelle la bienveillance a peu de place et où les rapports humains sont d’abord marqués par la défiance. Effet connu des situations de crise : le repli, la distance, le rejet a priori de l’autre se sont considérablement renforcés. Les réseaux familiaux et amicaux constituent désormais les derniers terrains où cette bienveillance peut encore s’exprimer.
Et si cette transformation de l’environnement de l’entreprise constituait pour elle une opportunité ? Et si elle devenait pour ceux qui y travaillent un lieu d’épanouissement, dans lequel les relations positives prédominent ? Et si elle faisait de cette dimension un facteur de compétitivité ?
Les liens entre bien-être au travail et engagement ont depuis longtemps été démontrés. Ceux entre engagement et performance également. Osons un raccourci : la construction de relations positives et bienveillantes au travail pourrait constituer un accélérateur de performance de l’entreprise.
Mais soyons plus précis : la bienveillance au travail, qu’est-ce c’est ? C’est tout d’abord le fait de construire des relations de confiance. L’entreprise considère-t-elle a priori que ses collaborateurs feront de leur mieux ou met-elle en place dans tous les domaines les dispositifs et outils permettant de les contrôler et de se prémunir contre eux ? Il ne s’agit pas ici de faire preuve d’angélisme et de laisser le champ libre à toutes les dérives et risques imaginables. Il s’agit seulement de ne pas présupposer par principe l’absence d’éthique, d’esprit de responsabilité et de compétence chez tout collaborateur. Chez un manager, la bienveillance vis-à-vis de ses collaborateurs passe par le partage des « règles du jeu », par le développement de la délégation, par le fait de dire les choses et d’expliquer, par le respect. Bref, par la construction de rapports adultes.
La bienveillance au travail, c’est ensuite le fait d’intégrer le droit à l’erreur. Qui n’en fait pas ? Faut-il réellement être intolérant avec le collaborateur qui se trompe ? Ou n’est-ce pas au contraire une formidable opportunité pour apprendre, pour aider le collaborateur à se développer ? Un groupe comme Unilever intègre ainsi depuis des années dans les compétences essentielles de ses managers la capacité à « apprendre de l’expérience. » Plus largement, quand un collaborateur est défaillant, la bienveillance dans le regard porté sur lui permet de se poser la bonne question : est-ce qu’il a mal fait parce qu’il ne voulait pas, ou parce qu’il ne pouvait pas ? Ce dernier cas renvoyant là aussi à l’accompagnement de ce collaborateur et à son développement.
La bienveillance au travail, c’est enfin le fait de développer la reconnaissance. Faut-il vraiment insister sur ce point : en France, dans la plupart des entreprises, nous sommes mauvais dans ce domaine. L’absence de bienveillance conduit à considérer que le collaborateur « n’a fait que son travail » et donc à ne pas reconnaître. Et par reconnaissance, nous entendons bien ici tous les moyens de reconnaissance, pas seulement et pas d’abord la rémunération. « Dîtes à un lampadaire qu’il est beau… il s’allume ! » Pourquoi s’en priver ?
Développer la bienveillance ne veut pas pour autant dire que l’entreprise renonce à l’exigence, au contraire. Il sera d’autant plus facile d’être exigeant vis-à-vis d’un collaborateur que celui-ci bénéficiera d’un environnement positif. Cette approche suppose en tous les cas de revisiter les politiques et dispositifs RH en place et de faire évoluer, parfois de façon radicale, les pratiques de management. Développer des relations de bienveillance contribuera à développer le bien-être au travail et à ne pas se limiter au degré zéro de la GRH : la prévention des suicides et des risques psycho-sociaux.
La demande de « bienveillance » n’a jamais été aussi forte dans notre société, réellement en manque dans ce domaine. Il ne s’agit plus seulement d’une attente, il s’agit d’un besoin. Les entreprises qui sauront y répondre construiront un véritable avantage concurrentiel sur leurs marchés.
JUIN / JUILLET / AOÛT 2010 - VIVEMENT LA RETRAITE !
Le débat actuel sur les retraites, au-delà des choix de financement, est riche sur ce qu’il nous apprend sur le travail.
Notons tout d’abord que le travail est abordé en premier lieu sous l’angle de la pénibilité. Il ne s’agit pas de nier ici que certains métiers, certaines activités ont une pénibilité plus forte que d’autres, qu’elle soit physique ou mentale. Mais de noter que le travail reste en premier lieu, dans le débat public et pour beaucoup au quotidien, une source de souffrance.
Le travail, du latin Tripalium, instrument de torture à trois pieux. Le travail, terme utilisé en ancien français pour les suppliciés, les agonisants et les femmes en proie aux douleurs de l’accouchement. Partir au travail, dès le 18ème siècle, c’est « aller au chagrin ». Le travail, ancré dans notre culture comme châtiment expiatoire du péché originel.
Revenons à notre débat sur les retraites. Et constatons que, plus largement, l’enjeu pour tous semble être… de s’affranchir du travail au plus vite ! Pour tous ? Pas exactement. De nombreux dirigeants d’entreprise ne comprennent pas cette logique. Pour ceux-là, s’arrêter à 60, 62, 65 voire 70 ans, ce serait mourir un peu. Cette divergence est facilement explicable. D’une part, ils font un métier qui les passionne. D’autre part, leur activité ne leur a pas toujours permis de vivre d’autres centres d’intérêt qui prendraient le relais une fois l’heure venue.
Pour la plupart de leurs salariés, la question se pose différemment. Le travail est-il pour eux source d’épanouissement ? Ou bien contrainte à minimiser (faire ses heures) ?
Le débat est bien celui de la qualité du travail. Depuis plus de 10 ans, en France, tout le débat public sur le travail s’est concentré sur la quantité, à travers le nombre d’heures. Alors que l’enjeu, c’est d’abord sa qualité, à travers l’épanouissement dans la sphère professionnelle et le bien-être au quotidien. D’autant que certains affirment en plus que ce bien-être serait source d’efficacité !
Dans les entreprises où cette conception l’emporte, les échanges entre les salariés sur leur futur départ en retraite se posent en d’autres termes. Et là, le « vivement la retraite » apparaît bien dépassé, tout comme le « ça va comme un lundi. »
MAI 2010 - EST-CE AINSI QUE LES HOMMES VIVENT ?
Toute personne intervenant dans l’entreprise sur la gestion des hommes est confrontée en permanence à un risque : oublier qu’elle gère des personnes, et pas seulement des effectifs ou des matricules. Ce risque se matérialise notamment dans les entreprises mettant en œuvre une approche purement quantitative de la GRH ou travaillant la dimension humaine sous l’angle exclusif des process. Elle existe aussi lorsque la GRH se limite à la gestion élitiste de quelques happy few, qu’ils soient baptisés hauts potentiels ou talents.
Derrière chaque « buchette », derrière chaque numéro d’identification, il y a un être humain, une vie, composée du quotidien professionnel de la personne et de ce qu’elle fait hors travail. Comment l’entreprise oublieuse de cette réalité peut-elle être surprise par l’engagement limité de ses salariés dans leur activité et par les conséquences de ce désinvestissement sur ses résultats ? Comment le professionnel RH qui fait l’impasse sur cette évidence peut-il s’étonner ensuite du décalage entre la valeur ajoutée que peut apporter notre métier de RH et son image publique ?
C’est en ayant perdu de vue cette réalité humaine que certaines organisations n’ont pas vu grandir le mal-être au travail et ont nié leur responsabilité dans la montée du stress. C’est en occultant le vécu concret de leurs collaborateurs que certains DRH ont désormais dans leurs effectifs, sans le savoir, des « travailleurs pauvres » qui viennent grossir les files d’attentes des restos du cœur et dorment dans leur voiture.
A ce titre, le livre de Florence Aubenas, « Le quai de Ouistreham » est un véritable coup de poing. Sans chercher à démontrer, sans parti pris, elle témoigne sur le quotidien de ces travailleurs pauvres et en particulier sur ce qu’est la vie des précaires. Cet ouvrage fait œuvre de salubrité publique. Il mériterait d’être lu par tous les dirigeants d’entreprise afin de garantir leur lucidité sur les réalités qu’il décrit. En ce début de 21ème siècle, dans ce pays développé qu’est la France, c’est aussi ainsi que les hommes vivent !
Pour le praticien RH, quel que soit son niveau de responsabilité, le seul vaccin contre ce risque d’autisme social réside dans la présence sur le terrain, l’écoute, l’observation du corps social sur lequel il intervient. Cette présence terrain lui permet d’être connecté avec les différents acteurs de l’entreprise, de les comprendre et de décoder leurs évolutions, de savoir ce qu’ils vivent et donc de connaître en continu la situation humaine de l’entreprise.
A défaut, il subira le syndrome de la tour : il aura le sentiment de gérer les réalités sociales de l’entreprise à partir d’une tour de contrôle.
AVRIL 2010 - QUI DECIDE DE L'AGENDA DU DRH ?
Ces dernières années, les interventions du législateur prenant la forme d’une obligation pour l’entreprise de traiter un thème se sont multipliées : GPEC, parité, seniors, etc. Cette situation est sans doute révélatrice de l’incapacité d’une partie des entreprises à se saisir de ces problématiques sans y être contraintes. Les autorités publiques ont alors beau jeu de constater cette carence et d’intervenir. Avec une limite : le déterminant de ces sujets imposés est beaucoup plus souvent l’opinion publique que les enjeux économiques.
Ces interventions ont une conséquence : l’agenda social de l’entreprise, et plus largement celui du DRH et de ses différents services, sont désormais en grande partie dictés par l’extérieur, dans une logique de type « push » qui n’a qu’un rapport tenu avec l’intérêt de l’entreprise et de ses parties prenantes. Le temps que le DRH et ses équipes doivent consacrer aux thèmes choisis par l’autorité publique est par définition détourné d’autres enjeux.
Comment voulez-vous créer de la valeur dans ces conditions ? Dédier du temps à l’accompagnement des changements, identifier et développer les compétences stratégiques pour l’entreprise, travailler sur l’engagement des collaborateurs, construire une identité employeur différenciante en lien avec la stratégie de l’entreprise, alimenter la construction de cette dernière, etc.
Dans un contexte où les transformations du travail et du rapport au travail s’accélèrent et rendent indispensable un positionnement du DRH sur ces terrains, la contrainte externe vient ramener celui qui se voudrait business partner à son rôle traditionnel et souvent désincarné de négociateur, ainsi qu’à ses activités administratives à faible valeur ajoutée.
D’autant que même lorsque les thèmes d’intervention du législateur sont pertinents, les positionner en obligation conduit souvent à transformer un objet stratégique en objet de négociation. Prenons l’exemple de la GPEC : l’obligation de négocier en a fait un objet de relations sociales, centré sur les effectifs, alors que la GPEC peut être un formidable moyen d’alimenter la stratégie et de permettre sa mise en œuvre lorsqu’elle travaille les évolutions qualitatives.
Dans ce cadre, comment le DRH peut-il reprendre la main ? En explorant trois voies complémentaires. Il doit tout d’abord être en veille sur l’opinion publique, sur les thèmes émergents dans son entreprise, mais aussi plus largement dans la société. Et donc être en mesure d’anticiper les terrains à investir. Il doit ensuite être clair sur ses priorités dans l’entreprise pour créer de la valeur et veiller à ne pas désinvestir ces terrains, quels que soient les évènements exogènes. Il doit enfin adopter, face à toute nouvelle obligation, une démarche d’instrumentalisation : « Cette obligation pèse sur nous. Plutôt que de consacrer mes efforts à en minimiser les effets, comment puis-je faire pour qu’elle serve les intérêts stratégiques de l’entreprise ? » Face à la contrainte, il s’agit en quelque sorte pour le DRH d’adopter la position du judoka.
Lors de la mise en place des 35 heures par exemple, certains DRH se sont cantonnés à une démarche d’opposition de principe en ne travaillant qu’à en limiter les effets. D’autres ont adopté une démarche différente : à partir du moment où ces dispositions s’imposaient, quel que soit l’avis que l’entreprise pouvait avoir sur elles, l’enjeu était de transformer la contrainte en opportunité en en profitant pour procéder à un reengineering complet de l’entreprise. Sans contestation possible, la suite leur a donné raison.
MARS 2010 - IL FAUT DISCRIMINER !
Les plans d’action mis en place par les entreprises pour lutter contre les discriminations et promouvoir la diversité sont souvent riches. Les critères de discrimination inacceptables contre lesquels ces entreprises se mobilisent sont multiples : origines ethniques, genre, âge, aptitude physique, orientation sexuelle, lieu d’habitation, etc. Lutter de façon frontale contre ces discriminations est indispensable dans toute entreprise. Pour autant, ce n’est pas suffisant.L’objectif de l’entreprise n’est bien sûr pas de gérer tous les collaborateurs de la même façon. Un manager doit adapter son animation au niveau de motivation de son collaborateur. Une entreprise peut moduler la rémunération de ses salariés en fonction des performances individuelles. La carrière d’une personne ne sera pas la même selon le potentiel qu’elle démontre.
Pour le Petit Larousse, discriminer, c’est « établir une différence, une distinction entre des individus ou des choses. » Qu’il faille établir une différence entre les personnes dans l’entreprise, tout le monde en conviendra. Ce n’est pas le principe de la différenciation qui est en cause aujourd’hui, ce sont les critères sur lesquels cette discrimination est parfois faite.
Selon les entreprises, il pourra s’agir de la performance des collaborateurs, de leurs compétences, de leur potentiel, de leur d’engagement, voire d’une combinaison de ces facteurs. Mais quels que soient les choix que fait l’entreprise en la matière, deux impératifs s’imposent à elle. D’une part ces critères doivent être explicités, définis précisément et rendus publics. D’autre part, l’entreprise doit mettre à la disposition de ceux qui évaluent la personne en fonction de ces critères les éléments (politique, process, outils, indicateurs, etc) qui permettent d’objectiver cette mesure.
Ce n’est qu’à ces conditions que l’entreprise pourra garantir que les critères de différenciation appliqués à ses collaborateurs sont cohérents avec éthique et respect des lois d’une part, recherche de l’efficacité d’autre part. A défaut, la situation de flou laissera le champ ouvert à toutes les dérives.
FEVRIER 2010 - LE CLIENT, source de stress ou facteur de motivation ?
Dans les diagnostics réalisés par les entreprises sur les risques psychosociaux, le client apparaît de plus en plus souvent comme une contrainte supplémentaire pesant sur les salariés. Pour ceux qui sont en relation directe avec lui, il est alors source de stress, à travers des situations de tension, de conflit ou de pression. Pour l’ensemble des salariés, il est perçu comme une des causes de l’intensification du travail, la nécessité de le satisfaire générant de nouveaux impératifs de productivité.
Pourtant, dans d’autres cas, le client est au contraire vécu comme une source de motivation, en particulier par ceux qui sont en contact direct avec lui au quotidien. La relation avec le client est parfois même la raison pour laquelle une partie des collaborateurs de l’entreprise ont choisi les métiers de contact qu’ils exercent.
Nos interventions dans un certain nombre d’entreprises sur ce thème (récemment Areva, Marionnaud, Roquette, SNCF, Vygon, par exemple) nous ont permis de renforcer une conviction : le vécu, positif ou négatif, qu’ont les salariés de la relation client dépend directement de la conception du client dont l’entreprise est porteuse, de la représentation qu’elle se fait de ce client et de ses choix quant au type de relation qu’elle veut développer avec lui. Ces choix se traduisent directement dans la politique commerciale de l’entreprise et conditionnent les rapports entre salariés et clients.
Une question est centrale pour comprendre l’objectif sur lequel l’entreprise construit son rapport au client : s’agit-il d’apporter de la valeur au client et de le satisfaire, ce qui permet de vendre aujourd’hui, mais aussi demain puisque l’entreprise le fidélise ? Ou bien, de vendre dans une logique uniquement court terme, sans prendre en compte le besoin effectif du client et sa satisfaction ? Autrement dit, l’entreprise est-elle avec son client dans une logique de partenariat ou de bras-de-fer ? L’enjeu est-il de « faire grossir le gâteau ensemble » ou d’obtenir la plus grosse part ?
En termes économiques, ce choix ramène à une interrogation : jusqu’où va la chaîne de création de valeur dans l’entreprise ? Intègre-t-elle la qualité de la relation avec le client ou s’interrompt-elle avant ? Un exemple : Vygon est une entreprise qui produit et commercialise du matériel médical. Quand, outre ses produits, elle développe toute une gamme de services en direction de ses clients, elle accroît la valeur ajoutée qu’elle leur apporte.
Certes, entrer dans cette logique n’est pas facile dans tous les secteurs. Quand vous êtes une entreprise de la grande conso, captive d’un nombre limité de clients, vous dépendez en premier lieu de la volonté de ces clients de bâtir ce type de relations. Et la distribution en France n’est pas connue pour sa volonté de développer une logique de partenariat avec ses clients. Mais dans les secteurs où les interfaces entre collaborateurs et clients sont nombreuses, ce choix dépend d’abord de l’entreprise.
L’entreprise a les relations client qu’elle mérite. Il ne tient qu’à elle de retravailler la qualité de ces relations et les choix qui la conditionnent. Elle pourra ainsi engager une dynamique dans laquelle elle aura des collaborateurs engagés et compétents, ce qui contribuera à générer de la satisfaction chez ses clients et à faire gagner ses actionnaires.
JANVIER 2010 - 2010, ANNEE 1 D'UNE NOUVELLE EPOQUE ?
2009, annus horribilis… Notre premier vœu à l’aube de cette nouvelle année s’adresse aux entreprises qui ont pris la crise de plein fouet. Que cette année soit pour elles et ceux qui y travaillent celle d’une sortie franche et nette de la crise.
Quant aux entreprises dont le niveau d’activité n’a pas été affecté par la crise (plus de la moitié des entreprises, selon les Echos), souhaitons leur d’être plus nombreuses à intégrer qu’elles ont une carte à jouer. Investir aujourd’hui, plutôt que de jouer le principe de précaution ou l’effet d’aubaine, c’est acheter les parts de marché de demain.
Plus largement, souhaitons que cette crise ait eu une utilité. La logique de rentabilité court terme poussée à son extrême a provoqué la crise. Dans cette logique, l’homme n’est qu’une variable d’ajustement : pour l’entreprise, il constitue d’abord un coût à réduire et une contrainte à limiter. Si les leçons de ce que nous venons de vivre sont tirées, une autre logique peut émerger, dans laquelle l’entreprise renforce sa capacité stratégique et sa performance économique en investissant dans les compétences dont elle a besoin et en créant l’engagement nécessaire à son développement.
Certes, tout semble fait aujourd’hui pour que tout puisse reprendre comme hier. Avec le risque que les mêmes logiques et les mêmes modes de fonctionnement génèrent les mêmes gâchis et les mêmes dérèglements. Pourtant, des facteurs d’optimisme existent. Ce sont tout d’abord ces entreprises qui travaillent sur le sens de leur GRH, en articulant leur projet stratégique et leur Vision Humaine, déclinée en projets concrets. Ce sont ces entreprises qui investissent dans le développement de compétences cruciales pour leur avenir. Ce sont ces entreprises qui développent l’engagement de leurs salariés, en n’en restant pas au degré zéro de la GRH, la prévention des suicides.
Autre facteur d’optimisme : les évolutions démographiques et leur conséquence, les pénuries de compétences. Entre 2005 et 2008, elles ont frappé de plein fouet certains secteurs et certains métiers. La crise a mis cette problématique entre parenthèses, mais les entreprises seront de nouveau touchées quand les recrutements reprendront. Seules celles qui auront construit une identité employeur vécue par leurs collaborateurs comme différenciante tireront leur épingle du jeu.
Dernier facteur d’optimisme, le développement des « travailleurs du savoir. » En se transformant en profondeur et en mutant de tâches d’exécution à des activités de conception, de gestion de l’information, d’initiative, le travail ne peut qu’être géré autrement. Les entreprises qui intègrent cet impératif ont un avantage sur leurs concurrents.
A tous, salariés, managers, dirigeants d’entreprises, clients (actuels et futurs), nous vous souhaitons une année 2010 d’innovation et de rupture !
DECEMBRE 2009 - Le DEGRE ZERO DE LA grH
Intervenant dans le cadre d’une table ronde, j’entends il y a quelques mois la directrice des ressources humaines d’un grand Groupe, personnalité fortement médiatisée, affirmer le principal objectif d’une DRH est de garantir la paix sociale.
Suivant comme vous tous l’actualité, je constate que le grand débat sur l’entreprise qui agite les esprits depuis plusieurs mois se résume à une question : « Comment éviter que les salariés se suicident du fait de leur travail ? »
Travaillant au quotidien avec des DRH de secteurs très divers, j’observe que l’activité de nombre d’entre eux est dictée dans la période actuelle par l’obligation de négocier sur des sujets imposés (handicap, seniors, risques psycho-sociaux, etc) avec un seul impératif : respecter des contraintes de forme.Ces trois illustrations confirment que dans un certain nombre d’entreprises, le degré zéro de la GRH a été atteint.
Certes, la survie des salariés, la paix sociale et le respect des obligations légales doivent être garantis ! Mais est-ce là la seule ambition de l’entreprise pour ceux qui la font au quotidien ?
Fort heureusement, dans cette faillite ambiante de la GRH, quelques organisations surnagent et ont une approche autrement créatrice de valeur pour l’entreprise et pour ses salariés, en construisant dans le concret leurs réponses à quelques questions majeures :
- Comment renforcer l’engagement des collaborateurs dans leur activité et générer ainsi de la performance ?
- Quel contrat nouveau construire avec ceux qui aspirent à s’épanouir et à donner le meilleur d’eux-mêmes dans leur activité ?
- Comment développer l’entreprise en capitalisant sur ses facteurs humains différenciants (expertises, caractéristiques culturelles, etc) ?
- Comment donner du sens aux pratiques RH ?
- Quelles pratiques de management correspondant aux réalités de notre siècle mettre en œuvre ?
Ces entreprises nous redonnent l’espoir d’une GRH dépassant ses limites… et prennent une sacrée longueur d’avance sur leurs concurrents !
NOVEMBRE 2009 - Des entreprises en quête du sens de leur GRH
Intervenir à l’interface des problématiques RH, Stratégie et Organisation dans des secteurs d’activité très différents permet à Identité RH d’identifier certaines des tendances émergentes de la fonction RH. En ces mois de rentrée, ce sont plusieurs entreprises qui nous sollicitent sur une même problématique : trouver ou retrouver le sens de leur GRH.
Arrêtons-nous sur deux de ces entreprises. Ce groupe du CAC 40 est reconnu pour la qualité de ses pratiques RH. Quelle que soit la fonctionnalité RH, recrutement, formation, gestion des carrières, etc, il a construit au fil du temps des politiques et outils qui font référence. Ses équipes regroupent les meilleurs spécialistes RH dans chaque domaine. Et pourtant, des questions émergent : quelle est la logique d’ensemble qui fait la cohérence de ces politiques ? Au service de quoi ? Comment pourrait-elle être comprise et portée par tous dans l’entreprise ? Ce groupe mène actuellement d’engager un travail d’analyse en profondeur visant à apporter une réponse simple à ces questions. Cette autre entreprise, dans le secteur de la distribution spécialisée, connaît une croissance élevée depuis plusieurs années. Ses politiques RH sont peu formalisées, mais qualitatives et reconnues comme telles par ses collaborateurs. Elle engage néanmoins aujourd’hui un projet de définition de sa Vision humaine et des politiques RH qui en découlent. D’autres exemples pourraient être développés. Les entreprises concernées ont plusieurs points communs : elles sont en bonne santé et ont de jeunes DRH récemment nommés et porteurs de convictions fortes sur la valeur ajoutée que peut apporter la fonction RH.
Schématiquement, il est en effet possible de distinguer trois niveaux de développement de la fonction RH. Premier stade, la fonction administrative. Centrée sur la discipline, l’administration du personnel et la paie, la gestion de processus RH récurrents et les relations sociales, elle doit garantir que la stratégie est mise en œuvre avec le moins de répercutions négatives possibles. Sa source de légitimité : garantir la paix sociale. On reconnaîtra ici certaines grandes entreprises publiques, mais aussi des constructeurs automobiles ou même un groupe comme Accor, au vu des prises de position récentes de sa DRH. Deuxième stade, la fonction experte. Centrée sur la technicité dans les fonctionnalités RH, elle a pour mission d’assurer le bon fonctionnement de l’entreprise, idéalement en déclinant son Projet. Sa source de légitimité : le professionnalisme dans chacun des process RH. La plupart des grands groupes comme Areva, Total ou même Danone, sont dans cette logique. Troisième stade, la fonction stratégique. Centrée sur la gestion de projets et les progrès continus dans les pratiques, elle nourrit l’élaboration et la mise en œuvre de la stratégie de l’entreprise. Sa source de légitimité : la valeur qu’elle crée. Les projets cités plus haut visent à permettre aux entreprises qui les initient d’atteindre ce troisième stade.
Comment engager cette mutation ? Tout d’abord en retravaillant la cohérence interne des processus RH : quelles sont les logiques qui expliquent leurs articulations ? Ensuite en approfondissant le lien entre stratégie de l’entreprise et politiques RH. Pas simple, mais les éléments de méthodologie permettant d’investir ce terrain existent. Enfin, en parlant de la vraie vie de l’entreprise et en sortant du jargon et de la technicité RH : ce qui compte, c’est ce que vivent au quotidien les acteurs de l’entreprise, collaborateurs, managers, etc, et non les éléments de discours de l’entreprise qui les enrobent.
Cette approche suppose que la fonction RH soit immergée dans la vie opérationnelle de l’entreprise, qu’elle vive le terrain, qu’elle se nourrisse de ces logiques business. Elle suppose également que l’agenda RH ne soit pas dicté en premier lieu par les évolutions législatives, mais par les besoins de fond de l’entreprise. Consacrer du temps à la GPEC, oui. Pas parce qu’un texte fait obligation de la négocier, mais parce que la mise en œuvre future de la stratégie l’impose. Travailler sur l’intégration de travailleurs handicapés, oui. Pas parce que les pénalités vont augmenter, mais parce qu’augmenter la diversité, quel que soit le critère, est source d’efficacité.
OCTOBRE 2009 - ENTREPRISE ET SUICIDES - Tribune de gilles verrier publiee par "les echos" du 28 septembre 2009
Après Renault, PSA et EDF, France Télécom est à la une de l’actualité avec ses 23 suicides. Le sujet fait recette, avec son cocktail de pathos, de sensationnel et de réponses simplistes, tout comme le thème des séquestrations il y a quelques mois. Au-delà des spécificités de France Télécom, la multiplication d’actes désespérés dans différentes entreprises révèle un malaise profond qui va bien au-delà des personnes qui passent à l’acte et touche aujourd’hui une part importante de la population salariée. Pour de nombreuses personnes, le travail est devenu source de stress, voire de souffrance. Ne traiter le problème qu’à travers la question des suicides revient à ne regarder que la partie émergée de l’iceberg.Face à ce malaise au travail et à sa matérialisation extrême qu’est le suicide, les entreprises sont parfois dans le déni. Le réflexe est naturel et humain, aussi bien pour les dirigeants montrés du doigt que pour l’entreprise incriminée : il s’agit de se protéger et de dégager sa responsabilité. D’autres entreprises, parfois contraintes par les évènements, se centrent sur la prévention du suicide ou sur la gestion du stress au travail. L’analyse des risques psychosociaux, la mobilisation des médecins du travail et des psychologues ainsi que les diverses structures d’écoute sont utiles. Mais cette approche psychologisante et individuelle ne traite que les symptômes et laisse intactes les causes profondes du problème. Qu’elle soit dans le déni ou dans une approche exclusivement individuelle, l’entreprise ne réglera pas le problème. Elle continuera à être confrontée au problème : il y aura d’autres suicides au travail.
Ce qui est en cause, ce sont les modes de fonctionnement des entreprises concernées, leur pratiques d’animation des hommes et de management. Pour toutes les entreprises, l’objectif est clair : générer de la performance. Mais la voie adoptée par certaines est celle de la pression au quotidien sur les personnes, des objectifs matraqués, de la déshumanisation et de la déresponsabilisation. « Moi, je gère des objectifs, pas des hommes » me disait récemment un manager de proximité dans une grande entreprise nationale. Sortons du jugement moral, qui interdit tout débat avec l’entreprise : les dirigeants qui mettent en œuvre ce type d’approche ne sont pas inhumains. Mais cette voie pour générer la performance est la seule qu’ils connaissent. Nous l’avons héritée du taylorisme et de rapports sociaux historiquement tendus, dans lesquels l’économique et l’humain étaient par nature opposés.
Ce qui donnait des résultats lorsque le travail était prescrit et répétitif (« serrer des boulons ») ne fonctionne plus avec le travail du savoir (« produire du jus de cervelle ».) Ce qui était efficace dans la société d’hier ne l’est plus, appliqué à des personnes qui dans la vie hors travail ont une autonomie et des champs de décision sans comparaison avec ceux qu’ils avaient il y a 30 ans. Certains dirigeants d’entreprise se cramponnent à cette voie malgré ses dommages collatéraux : pour eux, elle est la seule permettant de générer la performance. Renoncer à cette voie reviendrait, pour eux, à renoncer à la performance.
Il y a pourtant d’autres voies, qui permettent de générer la performance sans développer la souffrance au travail. Réaffirmons-le : la performance économique est un impératif pour l’entreprise. Ou alors c’est l’ensemble du système dans lequel nous vivons qu’il faudrait changer, ce qui ne semble pas à l’ordre du jour. Générer de la performance fait partie du non négociable pour l’entreprise. Mais ce résultat est une résultante : il peut naître de l’investissement au quotidien des salariés dans leur activité, sous réserve que cet engagement soit choisi et que le résultat soit généré par la motivation. Cela suppose que l’entreprise revisite l’ensemble de ses modes de fonctionnement à partir de trois principes : tout d’abord, qu’elle donne du sens à la recherche de performance en l’inscrivant dans un projet partagé. Ensuite qu’elle traite ses salariés comme des adultes, en développant leurs marges de manœuvre et d’autonomie sur les façons de générer cette performance. Enfin qu’elle les accompagne au quotidien, ce qui suppose de réinvestir dans le management de proximité, contrairement à ce qui se fait depuis plusieurs années.
Des grands principes ? Pas seulement. Une entreprise qui s’engage dans cette voie doit prendre les initiatives concrètes qui lui permettent de vendre à ses salariés le non négociable qu’est la recherche de performance et de faire inventer par ceux qui auront à les emprunter les voies pour matérialiser cette performance. Les entreprises qui mettent en œuvre ce type d’approche réconcilient de fait l’économique et l’humain. Elles démontrent au quotidien que l’épanouissement au travail peut rapporter gros.
SEPTEMBRE 2009 - RESTRUCTURER... ET ENSUITE ?
Les entreprises aujourd’hui engagées dans des restructurations ont du pain sur la planche : le respect scrupuleux de la procédure juridique du Plan de Sauvegarde de l’Emploi, la vigilance sur les dérapages sociaux, la mise en place et le suivi des dispositifs de reclassement sont mis en œuvre alors que l’entreprise poursuit tant bien que mal son activité. Dans ses activités RH, elle se doit de concentrer ses efforts sur ceux qui vont quitter l’entreprise.
Mais qu’en est-il de ceux qui restent ? Ces collaborateurs vivent cette restructuration de l’intérieur. Ils ont pu craindre à un moment d’être concernés. Ils observent la façon dont l’entreprise traite ceux qui la quittent et ils projettent : « Voilà donc comment cela se passerait pour moi si la prochaine restructuration me concernait. » Certains culpabilisent vis-à-vis de ceux qui ont été contraints de partir. Dans de nombreux cas, le lien qu’ils ont avec l’entreprise est altéré, la confiance n’est plus là.
Pour autant, il est rare que l’entreprise se préoccupe de ce qu’ils ressentent, toute son attention centrée sur ceux qui partent. Il y a pourtant, au lendemain d’une restructuration, un enjeu majeur : générer la dynamique qui permettra à l’entreprise de redémarrer. De la même façon qu’une personne qui a vécu une rupture sentimentale ou le décès d’un proche, le corps social de l’entreprise doit se reconstruire après une restructuration.
Cette démarche doit être menée en trois temps. Tout d’abord, il est symboliquement important d’ouvrir une nouvelle page dans l’histoire de l’entreprise : il y a un moment où la fin de la restructuration doit être actée. Ensuite, un nouveau projet doit être construit et partagé par tous. Enfin, c’est sur la base de ce projet que l’entreprise peut prendre un engagement fort à destination de l’ensemble de ses salariés : « Vous êtes réembauchés. »
En 2007, quelques mois après une restructuration importante menée, le climat social de cette entreprise de 2.800 salariés œuvrant dans le secteur des services restait tendu. L’inquiétude des salariés sur leur avenir était forte. Avec l’équipe de direction, Identité RH a réalisé un travail de synthèse du nouveau projet stratégique de l’entreprise en quelques messages clés, ensuite largement diffusés et partagés. S’y est ajouté un engagement fort de la direction vis-à-vis des salariés sur un nouveau départ. Les premiers résultats allant dans le sens du projet stratégique ont été largement mis en valeur. Dans l’enquête de climat social réalisée quelques mois après, le pourcentage de salariés fiers de travailler dans l’entreprise avait augmenté de 28% par rapport à l’avant-restructuration, le pourcentage de ceux exprimant leur confiance dans la Direction de 24%.
JUILLET / AOÛT2009 - "MAUVAISE QUALITE DU DIALOGUE SOCIAL"... DE QUOI PARLE-T-on ?
Serpent de mer des ressources humaines, la « mauvaise qualité du dialogue social » est régulièrement évoquée en France comme facteur explicatif de nombreuses difficultés et tensions dans l’entreprise. Aucun doute, notre histoire, nos réalités sociales, nos caractéristiques culturelles font de la France un terrain atypique. La multiplication des séquestrations dans la période récente en est une illustration. Mais en quoi ce terrain est-il atypique ? La réponse classiquement admise porte sur les relations avec les partenaires sociaux, certes plus difficiles que dans de nombreux autres pays.Les pouvoirs publics sont d’ailleurs les premiers à investir ce terrain de la relation avec les organisations syndicales dès que le climat social se dégrade. De nombreuses entreprises croient pouvoir tout régler par la négociation d’un accord avec les partenaires sociaux. Dans certains groupes, dans le secteur automobile par exemple, la gestion des RH se résume à une politique de relations sociales.
Mais en rester à cette réponse, c’est ne voir que l’arbre qui cache la forêt ! Ce qui pose problème sur le fond dans de nombreuses entreprises en France, c’est beaucoup plus largement la qualité des relations entre les salariés, leurs managers et les dirigeants. Avec une conception de l’autorité et du pouvoir qui handicape le développement de relations basées sur la confiance et la responsabilité. Dans une étude réalisée fin 2005, 96% des dirigeants anglais se déclaraient prêts à voir leurs décisions remises en cause, 52% des dirigeants allemands, mais seulement 29% des dirigeants français. Et la mauvaise qualité de la relation avec le manager reste, et de loin, la première cause de démission en France.
L’entreprise doit prendre conscience que ce sont les rapports sociaux entre l’ensemble de ses acteurs qu’elle doit transformer, et pas seulement la relation entre direction et partenaires sociaux. L’exemple de Mac Donald’s France constitue une excellente illustration de cette prise de conscience. Durant ses premières années en France, cette enseigne considérait que son modèle d’origine pouvait être appliqué tel quel, en le plaquant sur les réalités françaises. Ce qui était vrai pour les produits ne l’était pas pour le social : l’entreprise a vite déchanté, confrontée à des tensions sociales récurrentes : il était fréquent qu’un restaurant soit occupé par ses salariés et fasse la une des média.
Un premier virage a été pris par l’entreprise dans les années 90, avec le recrutement d’un DRH expert des relations sociales. De nombreux accords ont été négociés, au point que Mac Do France est devenu l’exemple à suivre dans son secteur d’activité, prenant d’ailleurs la tête de la commission sociale de la branche. Sauf que… des tensions ont continué à surgir régulièrement. Et l’image sociale de Mac Do pour le grand public ne s’est pas plus améliorée que le climat social dans les restaurants.
C’est au début des années 2000, avec l’arrivée d’un nouveau DRH (Hubert Mongon, récemment désigné « DRH de l’année 2008 »), que la situation a véritablement changé. Tout simplement parce qu’il a concentré son action sur ce que vivent les salariés de l’entreprise au quotidien. Les projets qui ont été menés ces dernières années en RH par Mac Do France ont tous un point commun : améliorer le dialogue entre les salariés et leur manager et transformer les pratiques du management de proximité, que celui-ci soit salarié de l’entreprise ou franchisé.
Ce n’est qu'en transformant en profondeur sa conception des rapports sociaux entre l’ensemble de ses acteurs et en développant une logique adulte, dans laquelle les salariés ne sont plus traités comme des pions, que l’entreprise en France pourra réellement évoluer.
JUIN 2009 - LETTRE OUVERTE A FRANCOIS DUPUY
Dernier avatar du discours sur la baisse de la valeur travail, le thème du « sous-travail » vient d’être lancé dans le débat public par François Dupuy, sociologue des organisations. Dans un entretien publié par les Echos le 20 mai dernier et en prélude à un ouvrage annoncé pour la rentrée prochaine, il dénonce « le sous-travail, un fléau qui gangrène la société française. » Selon lui, « certains salariés travaillent à peine le quart de la durée légale du travail. La différence ? Les pauses, les conversations avec des collègues, les congés maladie qui sont aujourd’hui considérés comme un dû dans certaines entreprises… »
Ne s’agirait-il là que d’une remise au goût du jour de la critique portée il y a plus d’un siècle par Courteline sur les fonctionnaires ? Pas seulement, puisque toujours selon François Dupuy, « Le sous-travail touche tout aussi bien les entreprises privées. »
Les travaux de François Dupuy sont reconnus, et ses ouvrages précédents, comme « La fatigue des élites » ou « Le client et le bureaucrate » constituent des références pour nombre de praticiens RH. Mais là, on reste bouche bée. Vivons-nous dans le même monde, Monsieur Dupuy ? Le quotidien de nombre de salariés, aujourd’hui, c’est l’intensification du travail, c’est une charge difficile à assumer, c’est un management lui-même sous pression qui gère des objectifs, pas des hommes. C’est une logique « presse-citron » qui, pour obtenir des gains de productivité à très court terme, abîme le capital humain de l’entreprise. Mettre aujourd’hui en avant le thème du sous-travail pousse au renforcement de ces logiques de productivité intensive. Dans un monde où la recherche de performance génère trop souvent de souffrance, François Dupuy nie à la fois cette performance et cette souffrance. Par là même, il contribue à ce que la vraie question - comment générer de la performance sans souffrance ? - soit éludée.
Non, Monsieur Dupuy, ceux qui se suicident au travail, matérialisation extrême du malaise qui s’est développé ces dernières années dans les entreprises, n’en arrivent pas là par ennui !
MAI 2009 - COMMENT EVITER LES SEQUESTRATIONS ? Tribune de Gilles Verrier publiée par Le Monde daté du 16 AVRIL 2009
La répétition de séquestrations de dirigeants a fait émerger ce thème dans le débat public. Et comme souvent lorsqu’une question est traitée à chaud, les réponses apportées sont incomplètes.
J’ai subi une séquestration il y a quelques années, alors que j’étais directeur des ressources humaines de la division boissons d’Unilever. La décision avait été prise de fermer l’usine de thé du Havre. A l’issue d’une réunion de comité d’entreprise, les salariés m’ont signifié que je ne quitterai pas le site tant que l’entreprise ne reviendrait pas sur sa décision. J’ai perçu cette situation comme d’une extrême violence : être soudainement privé de sa liberté de mouvement, se sentir impuissant face aux risques d’exactions physiques, ne pas savoir combien durera cette épreuve… plus qu’éprouvant !
La violence extrême de la séquestration répond à une autre violence extrême, faite celle-ci aux salariés, et à leur sentiment d’impuissance face à cette première violence. Comment ne pas être tenté par ce type d’action quand, du jour au lendemain, sans que vous en compreniez les causes, alors que rien ne vous a alerté en amont, vous apprenez que vous êtes licencié, avec un marché de l’emploi sinistré dans votre métier ? Il est même surprenant que confronté au « no future », les salariés ne réagissent pas plus souvent par ces actions violentes. De même que les cas de suicides au travail ne sont que la réponse extrême à une situation de travail vécue comme insupportable, la séquestration n’est que la matérialisation ultime du désespoir de personnes dont la vie se brise du jour au lendemain.
C’est sur les causes de ce désespoir, en préventif, que l’entreprise doit agir si elle veut éviter les séquestrations, plutôt que sur la séquestration elle-même qui n’est qu’un symptôme. Elle se doit de répondre à une première question : la situation réelle de l’entreprise impose-t-elle vraiment la restructuration ? Selon une étude publiée par les Echos il y a deux semaines, 40% des entreprises n’ont pas vu leur carnet de commandes baisser avec la crise. Y a-t-il aujourd’hui 40% des salariés qui vivent leur entreprise comme en bonne forme ? A côté d’entreprises dont la situation est effectivement dramatique, d’autres décident aujourd’hui de réductions de coûts ou de restructurations sur la base du principe de précaution (de quoi demain sera-t-il fait ?) ou de l’effet d’aubaine (faisons passer des décisions qui auraient été inacceptables hors contexte de crise.)
Quant aux entreprises dont la situation est objectivement critique et impose ces licenciements, une autre question se pose à elles : ont-elles ces derniers mois informé leurs salariés de la situation objective de l’entreprise, au fur et à mesure de sa dégradation ? L’ont-elles expliquée ? Et ont-elles mobilisé tous les acteurs pour redresser la situation ? Ou bien ont-elles considéré leurs salariés comme des pions à qui elles ont masqué les difficultés réelles et les risques ?
L’entreprise ne se prémunira de situations sociales extrêmes comme la séquestration qu’en étant transparente et vraie en amont avec ses salariés sur sa situation effective, sur les raisons de cette situation et sur les leviers disponibles pour redresser la barre. Traiter les salariés non comme une variable d’ajustement, mais comme des adultes responsables… La crise actuelle peut être l’opportunité pour certaines entreprises de développer des relations adultes avec leurs salariés et de sortir de la dichotomie taylorienne entre décideurs et exécutants, encore si présente dans nos entreprises.
AVRIL 2009 - PENDANT LA CRISE, COMMENT NE PAS INSULTER L'AVENIR ?
Faire face à la crise suppose pour de nombreuses entreprises de réduire leurs coûts. Beaucoup le font en coupant en premier lieu dans ce qui n’assure pas un retour sur investissement immédiat, comme une part des dépenses de formation ou les actions de communication. Nous sortirons de cette crise. Ce sera pour dans six mois, un an, plus peut-être, mais nous en sortirons. Et là, les enjeux de fond seront de nouveau bien présents. Les évolutions démographiques et les pénuries de compétences qui en découlent, en premier lieu. Le ministère de l’enseignement supérieur a fait ses calculs : la France formera 15% de diplômés en moins dans 10 ans. Et dans cette guerre des talents, il y aura des gagnants et des perdants parmi les entreprises.
Autre transformation majeure : l’impact croissant du niveau d’engagement des salariés. Les transformations du contenu du travail, de plus en plus un « travail du savoir », renforcent le lien entre ce niveau d’engagement, librement décidé par les salariés, et la performance de leur entreprise.
Les décisions prises aujourd’hui sur ses coûts pourraient bien plomber l’entreprise durablement dans ses efforts pour répondre demain à ces deux enjeux. Alors comment gérer la situation actuelle sans insulter l’avenir ?
La première réponse consiste à différencier l’approche selon la situation effective de l’entreprise. Certaines jouent leur survie. Là, pas d’états d’âme, bien sûr. Tout doit être fait pour assurer la pérennité, quitte à prendre certaines décisions qui seront lourdes à gérer à terme. Peu importe pour l’avenir qu’on se coupe un bras et une jambe si cela permet de survivre. Dure situation, même si, faut-il le rappeler au risque de paraître cynique, c’est la loi du système que d’écrémer régulièrement les moins performants de chaque secteur.
Toutes les entreprises ne sont pas dans cette situation. Selon une étude réalisée pour « Les Echos » (26 mars 2009), 38% d’entre elles ne s’estiment pas touchées par la crise. 44% n’ont pas vu leurs commandes baisser. Et entre celles-ci et celles qui jouent effectivement leur survie, toute la panoplie existe.
Ce qui veut dire que pour un certain nombre d’entreprises, ce travail de réduction des coûts, au-delà de celui réalisé en continu en temps normal, relève soit du principe de précaution (comment savoir de quoi demain sera fait ?), soit de l’effet d’aubaine (faire passer certaines décisions qui généreraient des réactions en temps normal.)
Le DRH est en général lucide sur les conséquences désastreuses à terme des décisions prises. Arrêter tout recrutement et toute communication employeur, c’est gâcher des années d’effort et laisser les concurrents sur le marché de l’emploi prendre des années d’avance. Tailler dans les dépenses de formation, c’est ne plus disposer des compétences dont l’entreprise aura besoin demain. Couper certaines dépenses RH, c’est abîmer le regard des salariés sur l’entreprise, détruire la confiance et démotiver durablement.
Pour faire face à cette situation et « limiter les dégâts », le DRH a deux voies possibles. Il peut mener le débat, démontrer combien la situation actuelle ouvre des opportunités pour prendre de l’avance sur des concurrents frileux : continuer à investir aujourd’hui si la situation de l’entreprise le permet, c’est préempter les positions de demain. Une entreprise comme Orangina Schweppes France est aujourd’hui sur les plans marketing comme RH en phase de surinvestissement. Elle achète ses parts de marché de demain. Autre voie possible pour le DRH : avancer masqué. Maintenir coûte que coûte certains investissements humains en ayant l’œil rivé sur la période post-crise.
Le principal paradoxe de cette crise aura quand même été de ramener de nombreuses entreprises à du très court terme alors qu’elle était provoquée par les errances même de ces logiques court-termistes.
MARS 2009 - RESPECTER LE TRAVAIL
Deux chiffres : selon une étude du Bureau International du Travail, la crise devrait générer plus de 50 millions de chômeurs supplémentaires dans le monde. 60% des Français jugent possible qu’eux-mêmes ou leurs proches se retrouvent un jour sans domicile fixe (TNS Sofres pour le ministère du Logement et de la Ville.)
Dans la situation de crise actuelle, le sentiment dominant chez les salariés est l’inquiétude, la crainte de l’avenir, la peur de perdre son emploi, l’angoisse face à leurs difficultés économiques individuelles. Même les plus qualifiés sont touchés : les jeunes diplômés 2008 et 2009 se vivent comme « la génération sacrifiée. » Comment voulez-vous que dans ce contexte, les salariés s’investissent dans leur activité, soient engagés et génèrent de la performance collective ?
18 février 2009, sortie du « sommet social », Laurence Parisot déclare : « Les entreprises sont les premières victimes de la crise. » Les entreprises… Mais de qui parle-t-elle ? De l’actionnaire, qui risque de perdre une partie de sa mise ? Sa souffrance serait-elle comparable à celle du salarié licencié ? Du dirigeant d’entreprise qui risque d’être débarqué par son Conseil d’Administration ? Gageons qu’il rebondira plus rapidement que le salarié à l’employabilité faible vivant dans les prochaines semaines un « plan de sauvegarde de l’emploi. » Du patron de PME déposant le bilan ? Ce qu’il subit est extrêmement douloureux… tout autant que ce que vivent ses salariés ! De l’entreprise en tant qu’employeur et des salariés qui la composent ? Mais alors pourquoi ne pas le dire comme ça ? « L’emploi est la première victime de la crise. » Ca aurait quand même du sens, non ?
Comment s’étonner que ces propos aient été reçus comme provocants par ceux qui vivent ou voudraient vivre de leur travail ? Le minimum dû aux salariés dans la situation actuelle, c’est de les respecter. De prendre en compte leur inquiétude. D’être transparents avec eux sur la situation de leur entreprise, sans dramatiser ni minimiser la situation réelle. De leur donner les éléments qui leur permettent d’être lucides sur l’avenir. A défaut, comment pourraient-ils se mobiliser sur des objectifs partagés et redynamiser leur entreprise ?
FEVRier 2009 - UN RISQUE MAJEUR : PRENDRE DU RETARD EN RH
Le constat est douloureux pour les DRH, mais la crise actuelle conduit un certain nombre d’entreprises à donner un coup d’arrêt à de nombreux projets RH. Quand la situation n’impose pas de trancher dans les budgets pour garantir le résultat, c’est le principe de précaution qui prévaut. Certains de ces projets, comme ceux portant sur l’amélioration des pratiques de management ou la construction d’une identité employeur, sont pourtant cruciaux pour que l’entreprise soit compétitive demain. Faute de les mener, elle en paiera à terme les conséquences. Mais il est difficile de ne pas insulter l’avenir quand les difficultés du présent sont aussi prégnantes.
Dans cet environnement tourmenté, certaines entités poursuivent leur transformations, voire lancent de nouveaux projets : les organisations publiques. Ce qui aura des conséquences à terme sur la gestion des hommes dans les entreprises privées, nous y reviendrons plus bas. Plusieurs aiguillons sont à l’œuvre. La nécessité d’intégrer une logique d’efficacité, portée en premier lieu par les « clients » de ces organisations. L’impact de la Révision Générale des Politiques Publiques et les prises de position de l’Etat actionnaire. L’ouverture d’une partie de leurs marchés à la concurrence. La présence à leur tête de dirigeants souvent très lucides sur l’ampleur des transformations à mener. Les raisons de faire ne manquent pas pour ces organisations.
Là où commence leurs difficultés, c’est sur le « comment faire ? » L’émergence du client comme figure centrale des organisations privées il y a plusieurs décennies a obligé celles-ci à dépasser les modes d’organisation bureaucratiques. Alors que leur persistance dans les organisations publiques a plusieurs conséquences : la conception du changement comme approche descendante, imposée et frontale, inéluctablement vouée à l’échec. Des résistances du corps social, qualifiées de corporatistes et conservatrices, mais qui renvoient souvent à des peurs réelles, voire justifiées. S’y ajoute une forme d’illusion chez certains dirigeants sur le caractère directement transposable des approches du privé.
Mais lorsque ces organisations intègrent que les transformations doivent être définies et mises en œuvre avec les premiers intéressés, les salariés, en s’appuyant sur leurs aspirations réelles à fonctionner différemment, le changement peut être une véritable lame de fond. Quelques exemples : dans le contexte du rattachement au Ministère de l’Intérieur, la Gendarmerie fait aujourd’hui sa mue culturelle. La mise en place de politiques RH communes aux différentes entités de France Télévisions est utilisée comme une voie privilégiée pour construire ce groupe. La SNCF réalise en ce moment un travail de fond sur son identité employeur, etc.
Ces transformations ont d’autant plus d’impact que ces organisations bénéficient d’un atout potentiel considérable : celui du Sens. Difficile de capitaliser sur la mission de l’entreprise quand on produit et commercialise des roulements à bille ou des petits pois. A contrario, la motivation du salarié d’une organisation assurant une mission d’utilité publique peut être forte si cette entité sait capitaliser sur cette dimension. La préférence de deux tiers des 18-25 ans pour le public, confirmée par de multiples enquêtes, est d’abord explicable par ce facteur du Sens et ne fera que se renforcer si ces organisations parviennent à faire leur aggiornamento.
Une étude du Ministère de l’Enseignement Supérieur publiée fin décembre indique que le nombre d’étudiants va diminuer de 15% dans les dix prochaines années. Quand il s’agira à ce moment-là de s’attacher durablement ces ressources rares, les organisations qui auront pris du retard en paieront le prix fort. La crise actuelle conduit de fait certaines à désarmer, alors que la guerre des talents ne fait que commencer !
Janvier 2009 - MEILLEURS VOEUX...
Janvier, période des vœux. Il y a bien sûr ceux que chacun forme pour ses proches ou adresse à son réseau. Mais que faut-il souhaiter à nos entreprises pour 2009 ? La crise financière a débouché sur une crise économique qui pourrait engendrer une crise sociale. Triste contexte, tristes perspectives… Souhaitons tout d’abord que cette crise soit moins douloureuse que ce qui est annoncé et que chacune de nos entreprises en sorte très vite.
Souhaitons ensuite avoir appris des crises précédentes, qu’il s’agisse par exemple de 1993 ou dans une moindre mesure de 2002, même si la situation n’est pas comparable. Les entreprises ont pu tester à ces occasions ce que pouvaient être les conséquences de décisions prises sous le coup de l’urgence.
Arrêter les recrutements, c’est créer un trou dans la pyramide des âges, dont l’entreprise aura à payer les conséquences à terme. C’est dégrader une image employeur qu’il a fallu des années pour construire : les logiques de stop-and-go de certaines entreprises en matière de recrutement les ont « grillées » auprès de générations entières.
Couper dans les dépenses qui n’assurent pas un retour sur investissement immédiat et démontré ? Bien sûr. Les budgets formation et communication par exemple ! Cinq ans après avoir coupé son budget formation de 30% pour faire face à une période difficile, un groupe comme Décathlon s’en mordait encore les doigts, au vu des conséquences qu’avait encore cette décision, des années après, sur la qualité du service client. A vouloir sauver le court terme, le risque est d’insulter d’avenir et de devoir mettre sur la table dans un ou deux ans dix fois ce qui a été économisé aujourd’hui. D’autant qu’il est facile d’oublier dans un tel contexte que ce ne sont pas des effectifs que nous gérons, mais des personnes.
Que de risques à éviter. Et si nous retournions la logique ? Chaque période de crise l’a démontré, cette situation peut constituer une opportunité pour ceux qui savent penser « out of the box. » Pour un DRH, la bonne question à se poser aujourd’hui pourrait bien être : « Comment utiliser cette situation pour faire prendre de l’avance à mon entreprise et renforcer ses atouts ? »
DECEMbre 2008 - LA STRATEGIE... QUELLE STRATEGIE ?
Quels sont les projets Ressources Humaines d’envergure qui peuvent aujourd’hui être menés sans remonter à ce qu’est la stratégie de l’entreprise concernée ? Cette nécessité de « rembobiner le film », pour identifier le cadre et les déterminants du projet à mener s’impose sur toutes les problématiques RH.
Lorsque l’entreprise remet à plat une ou plusieurs de ses politiques Ressources Humaines, elle ne peut le faire qu’en identifiant les choix long terme et les évolutions de sa culture rendus nécessaires par le projet de l’entreprise à moyen et à long terme. Lorsque l’entreprise travaille sur son organisation, elle se doit d’avoir détaillé les objectifs que l’organisation mise en place pour les prochaines années devra servir. Lorsque l’entreprise initie une démarche de GPEC, elle ne peut déduire ses métiers futurs que des choix faits par l’entreprise sur ses orientations de fond.Ce pourrait être une bonne nouvelle pour nous qui travaillons en RH : nous ne pouvons faire notre métier de façon pertinente qu’en travaillant sur cette dimension stratégique avec ceux qui en sont porteurs. Sauf que… dans un certain nombre d’entreprises, cette stratégie n’existe pas ! Nous rembobinons le film, et nous découvrons une pellicule vierge. Sauf à considérer que « faire un peu plus et un peu plus vite » soit une stratégie. Ou que des objectifs de croissance du chiffre et du résultat, sans préciser les voies choisies, puissent tenir lieu de stratégie.
Certes l’environnement de l’entreprise est mouvant, qui le nierait dans la période actuelle ? Certes les prévisions ne peuvent avoir le caractère déterministe qu’elles avaient il y a encore quelques années. Faut-il pour autant se priver de fixer le cap et se contenter de naviguer au gré des circonstances ? Pour atteindre un objectif, il n’est certes pas suffisant de l’avoir fixé, mais cela reste une condition nécessaire !
Cette situation explique que les DRH soient de plus en plus souvent en situation d’aiguillonner leur direction sur cette nécessité de définir une stratégie. Ce peut être dans des situations difficiles : c’est pour disposer d’une argumentation solide de son livre IV lors d’une restructuration que l’entreprise est parfois contrainte de se poser les questions de fond. Ce peut être aussi sur des projets de développement qui prennent alors tout leur sens et qui apporteront ainsi demain toute leur contribution à cette stratégie.
NOVEMbre 2008 - LES DEUX CONCEPTIONS DE LA GRH
Toute personne travaillant en RH a pu constater ces dernières années combien son environnement montait en complexité.
Sur quelque thème que ce soit, les dispositions applicables ont été « enrichies », les interlocuteurs obligés sont plus nombreux, les précautions à prendre s’additionnent. Un exemple ? La thématique sur laquelle ce mouvement de complexification est le plus flagrant est celle du temps de travail. Au point que la plupart des entreprises n’osent plus prendre la moindre initiative en la matière. En parallèle se sont développés de multiples outils, de nombreuses approches et méthodes, et là aussi de nouveaux acteurs, institutionnels ou commerciaux, permettant de répondre à cette complexité… par la complexité. Certains DRH se revendiquent ainsi comme « multispécialistes », ayant développé une expertise pointue sur de multiples techniques : sur le terrain juridique bien sûr, mais aussi en matière de systèmes d’information RH, de dispositifs d’alerte sociale, de contrôle de gestion RH, d’ingénierie de formation, etc. Le DRH d’aujourd’hui serait avant tout un technicien, expert des domaines relevant de son champ exclusif.
Face à ces hommes de la technique, une autre conception de la GRH continue à prévaloir dans d’autres entreprises. Le DRH ne s’y positionne pas d’abord comme un expert technique dans son métier, mais en premier lieu comme un homme imprégné des logiques opérationnelles, s’alimentant du terrain, ayant pour première valeur ajoutée d’articuler dans le concret la stratégie de l’entreprise et ses atouts humains. Ce qui ne veut pas dire qu’il s’affranchit de la complexité de son environnement, ni qu’il n’a pas recours à des experts pointus. Mais ceux-ci relèvent pour lui des contraintes et des moyens. Le rôle du DRH est alors plus de « simplifier la gestion de cette complexité », pour pouvoir jouer en premier lieu son rôle de Business Partner.
Octobre 2008 - Pénuries de compétences : une opportunité
Selon les derniers chiffres de l’OFCE, 6 millions de postes seront à pourvoir d’ici 2015 en France du fait des départs en retraite. Certes la situation économique des entreprises aura un impact sur ce chiffre. Mais le bouleversement démographique que les entreprises ont commencé à vivre a des conséquences directes sur leur activité.Ce sont 46% de leurs recrutements qui sont jugés difficiles par les entreprises (64% pour les recrutements cadres.) Les pénuries de compétences frappent en effet les profils qualifiés (rappelons que la population cadres connaît aujourd’hui une situation de plein emploi), certains métiers comme l’informatique, et des secteurs entiers comme la restauration ou le BTP.
Pour autant, au sein d’un même secteur, certaines entreprises tirent mieux leur épingle du jeu que d’autres. Pour être différenciantes vis-à-vis des populations qu’elles veulent attirer et retenir, elles n’en sont pas restées aux bonnes vieilles recettes de la communication employeur. C’est la réalité de leurs pratiques RH telles que la vivent leurs collaborateurs qu’elles ont retravaillée. C’est en construisant une identité employeur différenciante et servant la mise en œuvre de leur stratégie que des entreprises comme Danone, Egis ou Décathlon, par exemple, parviennent à devenir l’employeur préféré de leur secteur.
Aussi paradoxal que cela puisse paraître, ces entreprises démontrent que les pénuries de compétences peuvent constituer une opportunité inédite pour construire enfin les pratiques RH dont elles ont besoin.
SEPTEMBRE 2008 : COMMENT REUSSIR UNE FUSION ?
Découvrez la vidéo projetée aux cadres dirigeants de l'ANPE et des ASSEDIC en amont de leur fusion, avec l'interview de Gilles Verrier, Directeur Général d'Identité RH, sollicité du fait de son expérience dans l'accompagnement de nombreuses fusions (Marionnaud et AS Watson, Unilever et Bestfoods, Amora, Choky, Pierre Fabre et BioMérieux, Décathlon et MVP, etc.).
Cette vidéo n'est plus en ligne.
JUILLET-AOÛT 2008 - CONSTRUIRE UNE IDENTITE EMPLOYEUR DIFFERENCIANTE
Les DRH le savent bien, qui œuvrent à ce que leur Direction en prenne conscience : les difficultés de recrutement se multiplient et il est de plus en plus difficile d’attirer et de recruter les compétences recherchées. Nous y sommes : dans certains secteurs et dans certains métiers, il y a aujourd’hui pénurie de compétences. Pour ne prendre que la population cadres, elle est désormais en situation de plein emploi, avec un taux de chômage de 3,8% fin 2007. Cette situation de pénurie ne peut que s’aggraver, du fait des évolutions démographiques et de la prise de conscience progressive de cette situation par les intéressés, avec « l’appel du large » qui en découle. Dans l’enquête IFOP réalisée en juin 2008 pour Cadremploi, plus d’un cadre sur 2 déclare avoir envie de quitter son entreprise au cours de l’année. 55% se disent à l’affût d’une opportunité.
Partout où il y a pénurie de compétences et où sévit la guerre des talents, il y aura des gagnants et des perdants parmi les entreprises. Avec une question : comment tirer son épingle du jeu et faire la différence ? Certaines entreprises ont déjà construit des réponses. Ainsi pour les jeunes ingénieurs pétroliers, Schlumberger est LE groupe qui permet des carrières internationales rapides. Dans la distribution, Décathlon est LE groupe qui permet d’apprendre les métiers de la vente. Dans la Grande conso, Danone est LE groupe qui développe l’autonomie et la responsabilité.
Et il ne s’agit pas là d’un enjeu de communication. Le « Marketing social » est souvent centré sur le discours et l’image de l’entreprise en tant qu’employeur. Or ce travail sur l’image employeur est nécessaire pour attirer les ressources ciblées. Mais il n’est en rien suffisant : l’entreprise ne peut se contenter d’attirer les candidats qu’elle cible, elle doit ensuite les retenir. La pire des situations est celle dans laquelle la réalité de l’entreprise est en décalage avec l’image qu’elle projette, relevant alors de la « publicité mensongère. » Dans ce cas, la démotivation sera forte. Ce qui compte, c’est la réalité de l’entreprise telle qu’elle est vécue par ses salariés. Il s’agit donc de travailler sur les réalités RH de l’entreprise, de les faire évoluer pour que l’entreprise renforce son attractivité interne sur les dimensions investies. Puis une fois ces réalités établies, de les mettre en évidence auprès des profils ciblés. Pour attirer et fidéliser, l’entreprise va donc devoir construire une identité employeur forte, vécue par les salariés comme différenciante et attractive, générant de l’engagement.
Mais l’entreprise ne peut se limiter à cette « logique d’offre. » Un exemple : ce n’est pas seulement pour attirer et retenir qu’une entreprise deviendra la référence de son secteur en matière de développement des compétences, mais bel et bien parce qu’investir en ma matière est cohérent avec ses choix stratégiques. Reprenons le cas de Danone : les enquêtes d’opinion réalisées par ce groupe auprès de ses collaborateurs confirment qu’ils le perçoivent comme différenciant sur deux axes : la responsabilité qui leur est confiée et les valeurs. Or les dirigeants de Danone mettent souvent en avant que ce groupe est 4 à 5 fois plus petit en taille que ses principaux concurrents et que la vitesse d’exécution est leur principal atout stratégique. Pour être plus rapides, les décisions doivent être prises au plus près des enjeux. D’où l’autonomie laissée aux différents niveaux et la logique de responsabilité. Néanmoins, pour « cadrer » cette autonomie, des valeurs fortes et structurantes ont été définies et diffusées. Cet exemple illustre que les facteurs différenciants découlent en premier lieu d’éléments liés à sa stratégie. Une démarche structurée permet d’identifier ces facteurs stratégiques et les éléments RH de différenciation qui en découlent, puis de construire le plan d’action qui fera de l’entreprise cet employeur de référence.
JUIN 2008 - FUSIONS & ACQUISITIONS : REUSSIR LE CHOC DES CULTURES
Selon de nombreuses études, le pourcentage d'échecs constaté a posteriori dans les opérations de fusions ou d’acquisitions est proche de 60%. Cet échec se traduit en premier lieu pour les organisations concernées par de l’inefficacité. Pour ceux qui la vivent à ses prémisses, une fusion est le plus souvent un mariage de raison, voire pour certains un mariage forcé. Mais à quoi servirait de se lamenter : autant travailler à transformer cette union en un mariage d’amour ! Est-ce que dans une fusion, chacune des parties est capable de renoncer au rêve d’absorption ? Est-ce que l’objectif, dans le quotidien, sera d’avoir raison ou de gagner ensemble ? Dans une opération de ce type, il est possible d’identifier quatre conditions de réussite : tout d’abord, réduire au plus tôt les zones d’inquiétudes concernant les personnes : que va-t-il se passer avec mon emploi ? Qui va diriger ? Quelles dispositions matérielles vont s’appliquer à moi ? Ensuite, être clairs sur le projet commun : quel est le sens de la fusion et où voulons-nous aller ensemble ? Puis aider chacun à comprendre la culture de l’autre partie : prendre le temps de connaître l’autre, de dépasser ses préjugés, et de comprendre ce qu’était vraiment cet autre référentiel que le sien. Enfin, définir ensemble ce qu’il faut absolument sauvegarder dans chacune des cultures et ce qu’il faut dépasser.
Les managers, à tous niveaux de responsabilité, sont ceux qui jouent le rôle central dans la réussite de ce processus de fusion et d’intégration d’acquisitions : ce sont eux qui ont à animer des équipes pluriculturelles. Leur rôle est d’écouter et d’observer pour comprendre, avant de juger. C’est de décoder et de traduire. C’est d’expliquer les décisions et les raisonnements suivis. Ils n’ont pas un rôle d’arbitre, mais un rôle de médiateur. Ce dont il s’agit pour eux, au sein de leur équipe, c’est d’accompagner la rencontre de cultures différentes pour la rendre productive.
La réussite d’une fusion ou de l’intégration d’une acquisition se mesure d’abord au fait que la nouvelle entité assure mieux sa mission que par le passé : on ne fusionne pas pour fusionner, mais pour que les résultats palpables soient là. Et tout le monde a intérêt à ce que la fusion permette d’atteindre cet objectif. Quant à l’impact interne, il est dans la façon dont les personnes vivent leur travail : ont-elles, plus que par le passé, envie de se lever le matin et de s’investir au quotidien ?
MAI 2008 - DeS SUITES DE MAI 68...
C’est une évidence que de constater que la vie quotidienne dans nos sociétés développées s’est considérablement transformée en quelques décennies, plus qu’en plusieurs siècles. Ce que vivent aujourd’hui hors travail les personnes est très différent de ce que vivaient leurs parents au même âge. Plusieurs révolutions ont produit leurs effets croisés : transformation des mentalités et des représentations sur de multiples sujets, en particulier à la suite de mai 68, révolution scientifique et technologique, changements radicaux dans les modes de vie.
Dans le même temps, le fonctionnement de l’entreprise a bien sûr évolué. Il n’a pas pour autant connu de révolutions aussi radicales, tout au moins dans ce qui est vécu au quotidien par ceux qui y travaillent. Les décalages vont croissant entre ce que vivent les personnes hors travail et le quotidien de ces mêmes individus au travail. Ils s’exercent en particulier dans un domaine : la conception de l’autorité.
Arrêtons-nous sur cette notion d’autorité. Dans le cadre familial, elle a connu une transformation radicale. Fini le fonctionnement patriarcal dans lequel les relations entre parents et enfants étaient structurées autour d’une obéissance aveugle et non négociable. Prenons l’exemple des repas familiaux. Il y a quarante ans, autour de la table, les enfants avaient un droit : se taire. Ce moment est aujourd’hui dans de nombreuses familles une occasion privilégiée pour échanger et dialoguer. Les envies de chacun peuvent s’exprimer. Les avis des enfants sont sollicités, écoutés et pris en compte. L’objectif premier des parents est de construire l’autonomie individuelle de leur enfant, en étant centrés sur son développement. Ils prennent le temps d’expliquer leurs décisions. Peu de choses sont réellement imposées. « J’obéis parce que je comprends, je respecte parce j’estime ! » me disait récemment un adolescent. « Génération Dolto » titrait le magazine Newzy fin 2004, « fils des enfants de 68 » disent d’autres. En une génération, l’autorité est devenue raisonnée et expliquée. D’autres éléments concourants ont contribué à gommer, voire à faire disparaître de la vie hors travail l’autorité imposée : la suppression du service national, bien sûr, mais aussi la baisse d’influence d’institutions comme l’Eglise ou le développement des familles recomposées. Il ne s’agit pas ici d’affirmer qu’il n’y a plus d’autorité hors de l’entreprise ou que la notion d’autorité est dévalorisée, mais qu’elle a pris en l’espace de quelques dizaines d’années d’autres formes, plus adultes, plus responsables. La notion d’« autorité » est d’ailleurs perçue positivement par 66% des 21-24 ans.
Dans le même temps, la conception de l’autorité a peu évolué dans l’entreprise. Certes, les mots utilisés ont changé. On ne donne plus d’ordres, mais des consignes ou des instructions. On n’est plus chef, on est responsable ou manager. Mais les pratiques restent parfois teintées d’autoritarisme. Certains managers sont plus proches du modèle militaire que de ce qu’ont connu leurs collaborateurs dans le cadre familial. Où trouver le temps d’expliquer et de convaincre ? Avec l’intensification du travail, la pression que subissent eux-mêmes ces managers est parfois forte. Comment s’étonner alors du décalage entre l’autorité telle qu’elle est vécue hors travail et telle qu’elle est ressentie au travail ? Le rejet de cette forme d’autorité vient alimenter le malaise vis-à-vis de l’entreprise.
AVRIL 2008 - LE COLLABORATEUR, LE CLIENT ET L’ACTIONNAIRE... LE BON, LA BRUTE ET LE TRUAND ?
Dans la pièce qu'elles jouent aujourd'hui, les entreprises françaises ont hérité d'une histoire sociale chargée. Sur scène, trois acteurs : les collaborateurs de l'entreprise, ses clients et ses actionnaires. Dans cet héritage culturel, nos trois acteurs ont par définition des intérêts antagonistes que chacun tente de défendre contre les efforts des deux autres.
Et si nous tentions désormais d'échapper à cette logique ? Si nous sortions de l'antagonisme entre actionnaires et salariés qui veut que l'économique et l'humain s'opposent ? Tout ne se réduit pas à la question de la répartition entre eux de la valeur ajoutée produite ! Si nous sortions de l’antagonisme entre clients et salariés qui veut que chacun soit perçu comme l’agresseur potentiel de l’autre ?
Cette démarche peut être initiée à partir de progrès réalisés en matière d’orientation clients des collaborateur en travaillant dans deux directions, celle de la culture et celle de la structure.
Faire évoluer la culture de l’entreprise en veillant à ce que le client soit vécu par les salariés comme la finalité qu’il est, en travaillant à ce que la satisfaction de cet acteur devienne l’objectif de tous. C’est ce qu’ont fait par exemple des entreprises comme United Biscuits, avec un effort de communication et d’explication sans précédent auprès de ses populations industrielles, ou comme 3 Suisses avec le Chantier client lancé il y a trois ans.
Transformer les structures et plus largement les organisations de manière à ce qu’elles soient construites autour des flux clients et non plus des logiques métiers ou des processus. C’est ce qu’a initié Southwest Airlines il y a plusieurs années, en renonçant au clivage « personnel au sol – personnel navigant » pour réorganiser ses équipes de manière à ce que tout client ait affaire aux mêmes interlocuteurs du début de l’enregistrement à la sortie de l’aéroport d’arrivée.
Travailler sur cette dimension permet de créer une dynamique nouvelle : c’est parce que les salariés de l’entreprise sont compétents et épanouis que les clients sont satisfaits, ce qui génère des résultats économiques dans lesquels les actionnaires trouvent leur compte
MARS 2008 - FOURNIR DES REPERES AUX MANAGERS
Qu’est-ce qu’être un bon manager ? Des centaines de milliers de personnes en situation se posent quotidiennement la question. Il doit bien exister une réponse dans un domaine qui fait autant cogiter !
De nombreuses entreprises partent du postulat qu’il y aurait un « modèle de bon manager », valable quels que soient l’entité, son secteur d’activité, son identité, sa situation. Si tel était le cas, il existerait effectivement un manuel du parfait manager et ce serait beaucoup plus simple. Les formations interentreprises qui foisonnent dans ce domaine du management seraient pertinentes, elles feraient réellement progresser la réalité des pratiques managériales telles que la vivent les collaborateurs de ces managers. Le manager idéal quel que soit son environnement n’existe pas ! Tout simplement parce que les pratiques de management pertinentes dans une entreprise donnée sont extrêmement différentes de celles dont a besoin une autre entreprise.
Dans une entreprise comme Décathlon, qui ne recrute que des débutants et qui mise en premier lieu sur le développement des compétences pour se différencier, le rôle des managers de proximité, responsables de rayon et directeurs de magasin en particulier, consiste en premier lieu à accompagner chaque jour de très près leurs collaborateurs directs. Ce sont en particulier des briefings quotidiens, la présence quasi permanente aux côtés de leurs collaborateurs pour les faire monter en compétence, le management par l’exemple, l’entretien mensuel formalisé. A contrario, dans un groupe comme Danone qui privilégie l’autonomie de ses collaborateurs, le manager devra construire leur montée en puissance de manière à pouvoir ne les animer que sur leurs résultats. Le manager dont la pratique répond parfaitement aux besoins de Danone sera un mauvais manager chez Décathlon, et vice-versa.
Les besoins et les attentes réels d’une entreprise en matière de management lui sont donc spécifiques, qu’elle en soit consciente ou pas. Ce qui ne veut pas dire que d’une entreprise à l’autre, on ne retrouvera pas certains « ingrédients » managériaux en commun. Ce qui variera, c’est la recette, la façon dont ces ingrédients seront combinés pour composer les pratiques managériales d’une entreprise donnée.
Allez vous y retrouver quand vous êtes manager ! Sauf si l’entreprise a défini cette combinaison et communiqué à ceux qui ont la responsabilité d’une équipe ce qu’elle attend d’eux. Quelles sont les responsabilités précises qu’elle souhaite voir assumées par ses managers ? Comment souhaite-t-elle qu’ils les mettent en œuvre ? A quoi pourra-t-elle mesurer que ces responsabilités sont assurées de façon qualitative ? En une phrase, quelle est sa cible managériale ? Peu d’entreprises l’ont défini de manière formelle, alors que ce dont ont besoin les managers, c’est de connaître précisément ce qui est attendu d’eux, de disposer d’éléments qui leur permettent de s’évaluer par rapport à cette cible, de pouvoir s’appuyer sur des moyens de développement.
Cette cible managériale comprend deux dimensions. Les attentes et besoins de l’entreprise vis-à-vis des managers peuvent tout d’abord être traduites en responsabilités : ce que le manager aura à faire, le « quoi ». Elles peuvent également être traduites en comportements : la façon dont le manager fait, le « comment ».
La première utilité de cette cible managériale est de fournir des repères aux managers : « Voilà ce vers quoi nous devons tendre. » Il s’agit en quelque sorte de la règle du jeu, qui fixe le cadre dans lequel ce jeu va pouvoir ensuite se dérouler. Mais disposer d’un référentiel de ce type présente un autre intérêt : il va pouvoir servir de base à la construction des politiques RH concernant les managers : Ils sont alors recrutés, animés, évalués, formés, promus sur des bases identiques.
FEVRIER 2008 - FAIRE ENTRER LES rh DANS LE 21ème siecle
Tous niveaux de responsabilité confondus, les salariés sont nombreux à exprimer un mal-être croissant. Les études réalisées en 2007 et les indicateurs de stress et de rejet du travail confirment cette dégradation : le couple constitué par le collaborateur et son entreprise ne va pas bien. Cette réalité varie d’une entreprise à l’autre, mais elle débouche au global sur un désengagement accru.
Or, beaucoup plus aujourd’hui que par le passé, la performance d’une entreprise dépend du niveau d’engagement
de ses collaborateurs. Le travail est désormais d’abord basé sur le traitement d’informations, la réflexion, la créativité, l’intelligence des situations. Et c’est ce capital que chacun décide avec plus ou moins de bonne volonté d’apporter à son entreprise.
Depuis dix ans, avec les 35 heures, nous nous sommes concentrés sur la quantité de travail. Ce que nous avons à traiter désormais, c’est la question de sa qualité, de son contenu, de sa conception même.
Au niveau global tout d’abord, en définissant le projet humain à partager, en cohérence avec la stratégie. Quelle est l’identité employeur différenciante que tous vivent au quotidien dans l’entreprise ? Deux exemples : Schlumberger est le groupe dans lequel il est possible de faire des carrières internationales rapides ; Décathlon est devenu dans le monde de la distribution spécialisée l’entreprise école.
Cette approche suppose de revisiter l’articulation entre actionnaires, clients et collaborateurs. Dans les logiques héritées de notre histoire sociale, ces acteurs s’opposent et la financiarisation de nos économies renforce cette opposition. Pour autant, certaines entreprises ont démontré en 2007 que l’engagement et la compétence des collaborateurs généraient la satisfaction des clients, puis les gains des actionnaires. Cette réflexion passe par des chantiers de montée en compétences des salariés sur les enjeux économiques et de développement de leur orientation client, comme ceux menés par United Biscuits ou 3 Suisses.
Des entreprises ont aussi commencé à modifier leur approche de la personne, actant les évolutions intervenues dans la vie hors travail. En traitant la question de la responsabilité : l’entreprise continue-t-elle à vouloir tout normer et contrôler, dans un mouvement de re-taylorisation, ou considère-t-elle chacun comme adulte et responsable ? Selon la réponse, les dispositifs RH ne sont pas les mêmes : pensons par exemple au rôle effectif joué par le collaborateur dans la gestion de sa carrière. Seconde question : celle de la personnalisation de la gestion des salariés. L’entreprise gère-t-elle chaque collaborateur comme la partie d’un tout ou crée-t-elle les conditions pour permettre au talent de chacun d’éclore ?
Construire des réponses en phase avec notre société moderne suppose de déplacer le centre de gravité de la fonction RH vers ses activités à valeur ajoutée (conduite du changement, accompagnement des managers, développement RH, projets innovants) au détriment de celles qui n’ont jamais ajouté un euro au chiffre d’affaires. Parions qu’en 2008, pour ces dernières le mouvement va s’accélérer : simplification, automatisation, création de centres de services partagés, externalisation.
JANVIER 2008 - DU MANAGER DE PROXIMITE COMME SOURCE DE DEMOTIVATION
« On rejoint une entreprise, on quitte un manager…. » Lorsque les entreprises interrogent leurs démissionnaires sur les causes de leur départ, les réponses varient peu : le premier motif est à rechercher dans la relation avec le manager direct.
Ce qui est en cause, c’est tout d’abord la qualité de la relation entre le collaborateur et son manager. Prenons la notion d’autorité. Dans la vie hors travail, et en particulier dans le cadre familial, elle s’est radicalement transformée : fini le fonctionnement patriarcal dans lequel les relations entre parents et enfants étaient structurées autour d’une obéissance aveugle et non négociable. Les parents prennent le temps d’écouter les avis et d’expliquer leurs décisions.
Peu de choses sont réellement imposées. En une génération, l’autorité est devenue raisonnée. La suppression du service national a également contribué à gommer de la vie hors travail l’autorité imposée, au profit d’autres formes, plus adultes et plus responsables. Alors que dans le même temps, l’entreprise a peu évolué sur ce terrain. Certes, il n’y a plus d’ordres, mais des consignes ou des instructions, plus de chef, mais un responsable ou un manager.
Pour autant, les pratiques restent parfois teintées d’autoritarisme et certains managers sont plus proches du modèle militaire que de l’autorité telle que leurs collaborateurs l’ont expérimentée hors travail. Au quotidien, l’animation par ces managers est tout sauf responsabilisante.
Au-delà de la qualité de cette relation, les collaborateurs soulignent combien est démotivante l’inaction de leur manager quant à leur développement, la construction de leur parcours, la reconnaissance de ce qu’ils réalisent. Même quand l’entreprise s’est dotée d’une politique RH de développement connue de tous, celle-ci est souvent appliquée de façon désincarnée et formelle, pour souscrire à une obligation plus que pour répondre à un besoin de fond.
Alors, haro sur le manager de proximité ? Ce serait assez pratique : l’entreprise se dédouanerait de la situation et il suffirait d’envoyer les managers en formation ! Sauf que l’entreprise a créé toutes les conditions qui génèrent cette situation…
Avec l’intensification du travail, la pression que subit le manager va croissante. Sa charge de travail n’a cessé d’augmenter, avec la suppression de niveaux hiérarchiques qui a élargi le nombre de collaborateurs à gérer en direct et le transfert sur ses épaules de responsabilités auparavant assurées par les structures fonctionnelles. Où trouverait-il le temps d’assurer correctement son métier ?
Quel métier d’ailleurs ? Alors qu’il est évident pour tous que les attentes vis-à-vis des managers sont différentes d’une entreprise à l’autre, rares sont celles qui ont défini précisément les responsabilités de leurs managers et les comportements à mettre en œuvre. Comment s’étonner alors de leur difficulté à entraîner leurs équipes, quand ils n’ont aucun repère à leur disposition ?
D’autant que le mauvais exemple vient d’en haut. Disons-le tout net : les entreprises dont les dirigeants mettent en œuvre pour leurs collaborateurs directs des politiques RH définies pour tous sont une minorité. Comment voulez-vous qu’un manager ait avec ses collaborateurs une démarche d’entretien annuel qualitative quand son supérieur s’en dispense ? Cette carence dans les pratiques est parfois relayée par un exercice du pouvoir qui n’échappe pas à une tentation autocrate. Selon une étude réalisée fin 2005 par le cabinet DDI, 96% des dirigeants anglais se déclaraient prêts à voir leurs décisions remises en cause, 52% des dirigeants allemands, mais seulement 29% des dirigeants français !
Plus globalement, ce qui est en cause, c’est la place même de l’homme dans l’entreprise en ce début de 21ème siècle. N’est-il qu’un coût, une contrainte, un facteur de production potentiellement défaillant dont il faudrait limiter les nuisances par la pression, l’édiction de normes et le contrôle ? Auquel cas, l’entreprise a aujourd’hui les managers de proximité qu’elle mérite.
Ou bien n’y a-t-il pas une autre approche à inventer, avec la part croissante des « travailleurs du savoir », décidant avec plus ou moins de bonne volonté de mettre au service de l’entreprise leur capacité d’innovation, de réflexion, d’initiative, leur intelligence des situations ? Une approche centrée sur l’engagement de ces collaborateurs et sur leur développement. Une approche portée par des managers de proximité armés pour cela. Cette alternative suppose de réinvestir dans la structure de management, de définir la cible managériale, de revisiter les politiques RH sur cette base, de travailler sur les pratiques réelles, en commençant bien sûr… par le haut.
DECEMBRE 2007 - INTERVIEW DE GILLES verrIER DANS LA REVUE "PERSONNEL"
Gilles Verrier, l’ancien DRH des Laboratoires Pierre Fabre et du groupe Décathlon, aujourd’hui directeur général d’Identité RH et professeur à Sciences Po, porte sur le management des hommes dans l’entreprise un regard peu politiquement correct. La performance économique serait trop souvent handicapée par la gestion défaillante du capital humain et par la pauvreté de la recherche de l’épanouissement de chacun. Son récent ouvrage commence d’ailleurs par un constat, sans complaisance, des états d’âme et du malaise général des salariés dans leur vie au travail. « Quelle est la valeur ajoutée de la fonction ressources humaines lorsqu’elle se cantonne à ses activités d’administration ? » A cette interrogation, Gilles Verrier répond que le DRH trouve sa place entre le « terrain » et la « stratégie », l’un nourrissant l’autre. Rencontre…
Q : En guise d’introduction de votre livre « Réinventer les RH », vous consacrez plusieurs chapitres au malaise que ressent une majorité de salariés au travail, et vous dites que la situation ne fait qu’empirer. Serait-ce que les DRH ne font pas le même constat, ou qu’ils sont atteints de myopie ou encore qu’ils n’ont pas les moyens de faire face ?
R : L’objectif premier de ce livre est d’identifier des axes de progrès dans la gestion des hommes. Avant de créer ma société de conseil, j’ai été DRH pendant quinze ans : si notre métier ne consiste qu’à gérer l’existant, le quotidien, les processus récurrents, il a un intérêt limité. C’est le changement et les progrès qu’il permet qui sont passionnants et qui apportent une valeur ajoutée à l’entreprise.
Identifier ces axes de progrès suppose de mener au préalable un diagnostic objectif. Or, même si la situation est très différente d’une entreprise à l’autre, toutes les études, toutes les enquêtes et les exemples concrets que je développe montrent que l’insatisfaction des salariés et le sentiment de malaise vont en croissant. Certains parleront de crise de la valeur travail, d’autres souligneront les phénomènes de désengagement. Mais dans tous les cas, cette situation handicape la performance de l’entreprise.
La plupart des DRH sont plutôt lucides face à cette situation, même si la volonté de promouvoir leur entreprise fait qu’en public ils mettent en avant une image bâtie sur les aspects les plus positifs. Ont-ils pour autant la main ? Ils l’ont dans les entreprises dont les actionnaires et les dirigeants ont intégré que développer l’engagement des salariés est un levier d’efficacité économique. Ce n’est pas le cas de toutes les entreprises. Fort heureusement, il existe des voies pour faire évoluer cette situation et une grande partie de cet ouvrage est consacrée à ces axes de progrès.
Q : Dans les raisons du malaise, vous appuyez sur « les rapports à la personne » et indirectement vous semblez avoir des doutes sur les « valeurs » humaines de l’entreprise…
R : Interrogés sur les origines de ce malaise, les salariés mettent en avant deux causes. D’une part le sentiment d’insécurité dans l’emploi, alimenté par ce qu’ils observent autour d’eux des séparations individuelles ou collectives. D’autre part la dégradation de la qualité de vie au travail, attestée par tous les indicateurs, avec en particulier une intensification du travail renforcée par la mise en place des 35 heures. L’observation permet d’identifier une troisième cause à ce malaise : les décalages croissants entre ce qui est vécu au travail et la vie hors travail.
Je ne crois pas que la finalité de l’entreprise soit morale. Elle est économique. Ce qui ne veut pas dire que l’entreprise ne doit pas travailler sur les comportements. Là où il peut y avoir dérive, c’est quand les valeurs affichées par une entreprise sont utilisées comme un code de morale et non pas comme des engagements ou des axes de progrès.
Q : La description que vous faites du DRH aujourd’hui, est assez pessimiste. Il vous semble malmené, mal aimé, et peu soutenu…
R : Le métier de DRH est le plus beau métier du monde. Mais c’est loin d’être le plus facile ou le plus confortable ! En témoignent le turn-over sur le poste dans un certain nombre d’entreprises, ou bien son image négative, telle qu’elle a par exemple été mesurée par la Cegos.
Certes il y a des entreprises dans lesquelles le DRH a un rôle stratégique, où il a les moyens de sa vision, où il constitue avec son DG un binôme basé sur la confiance, où ses propositions et ses initiatives sont portées par l’ensemble des acteurs de l’entreprise et où investir dans les hommes est conçu comme un moyen d’accroître l’efficacité de l’entreprise. Mais reconnaissons que dans d’autres entreprises, ce n’est pas vraiment le cas. Et c’est alors au quotidien que le DRH doit répondre à de multiples injonctions contradictoires.
Q : Au passage un petit coup de griffe à l’Andrh qui, selon vous, est trop « diversifiée » pour pouvoir être efficace. Sans changer grand-chose à vos propos, vous dites qu’un responsable paie d’une société de 300 personnes n’a guère de préoccupations communes avec un DRH d’une grande entreprise …
R : Dans ce métier, nous sommes tous avides d’éléments de réflexion et de lieux d’échanges, et les attentes sont légitimement fortes vis-à-vis d’une association professionnelle comme l’Andrh. Mais il y a dans la fonction RH une très grande diversité de métiers et donc des sujets d’intérêt très variés. C’est en ce sens que ce qui est à mon sens un des atouts de l’Andrh, sa capacité à rassembler des responsables RH travaillant à des niveaux de responsabilité très différents, fait aussi sa limite.
Ceci dit, l’existence même de cette interview démontre l’ouverture de l’Andrh et sa capacité à être challengée !
Q : Et la relation DRH/DG, comment la situez-vous aujourd’hui ?
R : La question du binôme que forment le premier dirigeant de l’entreprise et son DRH et du contenu de leur relation est essentielle. C’est la spécificité du contenu de la fonction de DRH et de son terrain d’intervention qui fait que son fonctionnement avec le DG ne peut être compris à partir de la relation classique de subordination. Dans certaines entreprises, sans doute pas assez nombreuses, ils ont construit une logique de coopération, marquée par l’échange permanent d’informations, les éclairages réciproques et la recherche commune de solutions. Le DRH est alors un homme heureux !
Q : La seconde partie de votre livre repose sur les voies qui devraient permettre de bien gérer les hommes. Vous reprenez le fameux triangle : actionnaire, client, collaborateur. A ce propos, on assiste à l’émergence d’une tendance qui souhaite remettre l’actionnaire « à sa place », celle d’un fournisseur, pour cibler plus encore sur le « couple » client/collaborateur, qu’en pensez-vous ?
R : Nous vivons dans une économie de marché, où la finalité de l’entreprise est de générer du profit pour ses actionnaires. Mais comment ce profit est-il généré ? Certaines entreprises adoptent une logique « presse-citron » dans laquelle la recherche de productivité maximale à court terme les amène à sacrifier leur capital humain et à handicaper leur avenir. D’autres ont une autre approche, dans laquelle la compétence et l’engagement des collaborateurs sont travaillés comme source de satisfaction des clients, elle-même à l’origine des gains des actionnaires.
Ce que je veux souligner par là, c’est que quand elle raisonne en termes de répartition du gâteau existant entre trois acteurs aux intérêts divergents, l’entreprise est perdante. Alors que travailler à faire grossir ce gâteau est la seule voie qui permette de dépasser la situation actuelle de mal-être des collaborateurs, d’infidélité des clients et de zapping des actionnaires.
Très longtemps, il s’est agi pour l’entreprise de faire du social pour équilibrer l’économique, dans une logique de partage et de distribution. Aujourd’hui, des entreprises démontrent qu’il est possible de faire de l’humain pour alimenter l’économique. Investir de façon appropriée et pertinente dans l’humain, ce n’est plus se donner un supplément d’âme, mais c’est travailler un des éléments de l’économique. Ce sont des exemples de projets menés par ces entreprises que je développe dans ce livre.
Q : Donc, pour vous, quels sont les axes d’amélioration indispensables pour qu’une DRH puisse faire état de son « efficacité » ?
R : C’est l’essentiel de ce livre, où je distingue trois niveaux. Tout d’abord ce qui a un caractère stratégique : l’entreprise positionne-t-elle l’actionnaire, le client et le collaborateur dans une logique de gains mutuels ? La gestion des hommes et la stratégie de l’entreprise sont-elles articulées ? L’entreprise a-t-elle construit une identité employeur différenciante ? Puis il y a ce qui relève de choix de fond : l’entreprise met-elle en œuvre avec ses collaborateurs une logique de responsabilité ? Personnalise-t-elle la gestion et le développement des hommes ? Il y a enfin la place donnée aux acteurs porteurs de ces logiques : l’entreprise accompagne-t-elle la montée en puissance des managers ? La fonction RH est-elle positionnée sur les activités à plus forte valeur ajoutée ?
Sur chacun de ces axes, cet ouvrage précise la logique qui est en jeu. Mais il va plus loin, en détaillant comment avancer concrètement, à partir de projets qui ont été menés dans de multiples entreprises innovantes en RH.
NOVEMBRE 2007 - QUEL CINEMA !
Jusqu’à une période récente, le cinéma français s’est désintéressé du monde du travail. Au vu de la production actuelle, il y trouve un intérêt nouveau. Tant mieux ? Pas si sûr…
Dans l’actualité immédiate, deux films retiennent l’attention : « La question humaine » de Nicolas Klotz, sorti le 12 septembre dernier et de « J’ai (très) mal au travail », documentaire de Jean-Michel Carré, en salles depuis le 31 octobre. Dans les deux cas, l’auteur s’autorise un parallèle entre l’entreprise… et le régime nazi ! Outre le manque de respect choquant du propos vis-à-vis des victimes du nazisme, une question se pose : comment peut-on à ce point méconnaître l’entreprise ?
« La question humaine » a l’excuse de la fiction, contrairement à « J’ai (très) mal au travail » : ce documentaire est supposé présenter la réalité du travail dans l’entreprise du début du 21ème siècle en France. Mais la démarche utilisée est profondément malhonnête : autour de séquences faisant s’exprimer des salariés en souffrance et présentant leur situation comme la norme, c’est la parole de ceux qui s’expriment de l’extérieur de l’entreprise qui vient imposer au spectateur sa grille de lecture : le travail contemporain serait intrinsèquement aliénant et l’entreprise totalitaire. Dans Liaisons sociales magasine d’octobre, Sandrine Foulon, plus lucide que ses confrères des Echos ou d’Entreprise & Carrières qui, eux, n’ont rien vu de choquant dans l’approche, titre sa critique de ce film « L’entreprise, arme de destruction massive ».
Le propos n’est pas ici de nier la souffrance au travail : elle existe et prend parfois des formes extrêmes. Mais la présenter comme généralisée et résultant d’un système organisé ne peut être que caricatural pour ceux qui la vivent au quotidien. Plus grave : la charge contribue au statu quo des pratiques humaines dans l’entreprise : comment voulez-vous être lucide sur vos limites et entrer dans une logique de progrès quand vous êtres agressés et caricaturés de manière aussi outrancière ?
Une question demeure : à quand une production cinématographique qui refléterait avec l’authenticité et les nuances de la « vraie vie » ce qu’est aujourd’hui le quotidien de dizaines de millions de salariés en France, sans masquer ce que sont ses problèmes mais en montrant aussi ses bonheurs et les progrès réalisés ?
Octobre 2007 - " TAIS-TOI ET BOSSE ! "
Arrêtons de nous voiler la face : que l’on parle de malaise, de désengagement ou de crise de la valeur-travail, dans de nombreux cas le couple constitué par les salariés et leur entreprise ne va pas bien. Même si ce malaise prend des formes différenciées, il est réel, palpable, visible au quotidien à travers de multiples manifestations. Mais dans de nombreux cas, il y a confusion entre un discours marketing visant à vendre l’entreprise ou des approches velléitaires en matière de gestion des Hommes et les réalités telles qu’elles sont vécues par leurs salariés. Or reconnaître la maladie, affronter le problème et le prendre à bras le corps, c’est pour l’entreprise se donner les moyens de le combattre et de le dépasser.
La société dans laquelle nous vivons s’est transformée en profondeur. Même si les comportements d’évitement sont nombreux, tout concourt à permettre à la personne de se comporter en adulte responsable. La conséquence de cette révolution sur la gestion des Hommes est simple : l’enjeu pour les entreprises aujourd’hui, c’est de passer du « Tais-toi et bosse ! » hérité du 19ème siècle et du taylorisme à un « Investis-toi parce que l’entreprise t’en donne envie. » correspondant à nos logiques du 21ème siècle.
La gestion des Hommes change de statut. Très longtemps, il s’est agi pour l’entreprise de faire du social pour équilibrer l’économique, dans une logique de partage et de distribution, et avec la volonté de limiter le risque que représentait le salarié. Aujourd’hui, parce que nous avons basculé dans la société de la connaissance, l’enjeu est de faire de l’humain pour alimenter l’économique. Investir de façon appropriée et pertinente dans l’Humain devient rentable. L’Humain se met au service de l’Economique et l’Economique au service de l’Humain. Investir dans l’Homme, ce n’est plus se donner un supplément d’âme, mais c’est travailler un des éléments de l’économique. Pour nos sociétés modernes, il s’agit de passer du social à l’humain, comme elles sont passées dans le traitement des exclus de la charité à la solidarité.
Aujourd’hui, l’entreprise peut basculer d’une approche dans laquelle l’Homme est un risque à une autre dans laquelle il est une opportunité. Elle peut choisir de mettre en œuvre une démarche de gestion intégrée des Hommes qui s’inscrive dans cette logique. Et dans laquelle les choix qu’elle fait lui permettent de servir de façon convergente ses actionnaires, ses clients et ses collaborateurs. Sous réserve qu’en dehors des périodes de crise, elle sache s’extraire des logiques court-termistes dans lesquelles la financiarisation de nos économies s’inscrit de plus en plus. Sous réserve qu’elle intègre qu’il y a une limite aux logiques de réduction des coûts du corps social, limite atteinte lorsqu’elle s’attaque au « muscle ». Sous réserve qu’elle construise une autre approche de la productivité, en générant chez ses collaborateurs l’envie de s’investir et de se dépasser. Beau projet…
SEPTEMBRE 2007 - "Réinventer les RH"... rien que ça !
Réinventer les RH… quelle prétention ! Pourquoi faudrait-il réinventer ce qui, peu ou prou, fonctionne plutôt bien ?
Ces cinq, dix, quinze dernières années, la plupart des entreprises ont professionnalisé leur gestion des hommes. Que ce soit en matière de recrutement, de formation ou de gestion des parcours, les dispositifs en place ont été affinés. Les Directions des Ressources Humaines ont renforcé leur expertise. Rares sont les entreprises dans lesquelles cette technicité est mise en cause.
Et pourtant, toutes les études le montrent, de multiples témoignages en attestent, la littérature sur le sujet abonde : le malaise des salariés est bien là. Et le désengagement qui en découle aussi. Avec, c’est désormais un poncif, une véritable « crise de la valeur travail ».
Or la qualité des politiques humaines d’une entreprise ne se mesure pas à leur contenu, aux dispositifs et aux outils qui les portent, mais à leurs résultats. C’est sans doute ce qui explique qu’il y ait parfois un décalage entre le sentiment du devoir accompli de la DRH et la perception qu’ont les collaborateurs.
Ces résultats des politiques RH de l’entreprise peuvent être analysés en termes de compétences disponibles certes, mais aussi de motivation, d’adhésion, d’engagement des salariés dans leur activité professionnelle au quotidien. Et c’est bien là que le bât blesse. Alors que 70% des Français considèrent le travail comme un des domaines de la vie très importants (pour 38% des Britanniques), 59% se disent détachés ou en rupture avec leur employeur.
Alors oui, il faut réinventer les RH ! Pour que l’entreprise puisse capitaliser sur les talents de chacun de ses collaborateurs. Et donc ne pas s’arrêter au constat, mais être dans la réflexion et dans l’action. « Réinventer les RH », qui paraît ce mois-ci, a pour ambition de proposer des pistes, des axes de progrès, pour permettre à l’entreprise de reprendre la main.
Toutes ces propositions ne sont pas transposables telles quelles, quel que soit le contexte de l’entreprise. Mais elles ont le mérite de lancer le débat. Tous vos retours sont les bienvenus, sur
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AOUT 2007 - « Conduire le changement » ou changer la réalité ?
Dans les échanges que nous avons avec eux, les dirigeants montrent souvent une grande lucidité sur les transformations profondes à impulser dans la culture de leur entreprise et dans les pratiques quotidiennes de management des hommes : dépasser les logiques anciennes de conflit, libérer l’initiative, « débureaucratiser » les modes de fonctionnement, renforcer l’orientation client, transformer les rapports dans l’entreprise, développer une culture de service, de résultat, d’efficience… Pour autant, la réalité ne semble pas se plier à cette volonté de progrès continu, et une question résume souvent à elle seule de façon schématique les difficultés à transformer l’entreprise : « Comment conduire le changement ? »
Pourtant, dans chaque entreprise, les attentes des salariés sont fortes. Il suffit pour s’en rendre compte de les écouter. Les projets qu’accompagne Identité RH nous permettent d’échanger avec des salariés très divers par leurs métiers, leurs profils, leurs expériences. Peu sont dans des logiques d’immobilisme. Au contraire, les aspirations aux progrès dans les pratiques, à la disparition des blocages, à l’épanouissement dans le cadre professionnel sont souvent immenses.
Si ces dirigeants et leurs collaborateurs partagent cette volonté de transformation, comment comprendre qu’elle soit aussi difficile à matérialiser ? Faut-il incriminer le management de proximité, pris en tenaille et si souvent montré du doigt ? Un peu court…
Centrées sur le résultat à atteindre, certaines entreprises impulsent des démarches de gestion du changement basées sur l’injonction : après avoir défini à quelques-uns la cible à atteindre, celle-ci est imposée via une démarche top-down dans laquelle les intéressés n’ont pas vraiment leur mot à dire. La solution est vendue sans qu’il y ait eu au préalable ne serait-ce qu’un travail commun sur le problème.
A contrario, l’analyse des plus belles réussites d’entreprise en matière de changements radicaux nous donne quelques clés. Ces entreprises sont parties des attentes de leurs collaborateurs. Elles ont travaillé le problème avec eux. Puis elles ont construit un diagnostic partagé et enfin ont pris le temps d’élaborer avec eux les solutions à mettre en œuvre.
Travailler le problème ensemble plutôt que vendre la solution. Cette approche suppose d’intégrer un postulat, celui de la responsabilité individuelle : chaque collaborateur est adulte, responsable et capable de contribuer à la construction de réponses qui seront ensuite portées par tous.
Le changement ne se décrète pas, il se construit avec ceux qui auront à le mettre en œuvre. Et là, il devient progrès.
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